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[RP] En marche vers la capitale, un pari relevé

 
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Gabriel
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MessagePosté le: 19/11/2017, 19:15    Sujet du message: [RP] En marche vers la capitale, un pari relevé Répondre en citant

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Chapitre I : En marche vers la capitale, un pari relevé

Ah Paris, enfin ! Après plusieurs jours de voyage, j’arrivai dans cette auguste cité conçue pour d’autres temps mais sans cesse renouvelée et adaptée à l’inéluctable marche vers l’avant. J’en rêvais depuis longtemps déjà et les événements de ces dernières semaines avaient accéléré une décision qui m’appelait comme le dernier souffle d’un mourant. Partir ou mourir, non pas avec honneur, mais lâchement; c’était un dilemme qui ne m’avait pas harcelé longtemps. Je me refusais de finir mes jours à vingt-cinq ans, comme un vagabond trop paresseux pour se battre, un pauvre hère abandonné par le monde et n’ayant que Dieu comme secours et témoin. Celui-Ci m’avait jeté dans la rue et fait perdre tout ce que j’aimais, tout ce qui pour moi avait une quelconque importance. J’escomptais sincèrement prendre ma revanche. Ah, elle pouvait rire la fortune, cette déesse d’un autre âge perchée là-haut, dans les cieux, à sourire du malheur des hommes. Je me battrai jusqu’au bout, je vengerai mon honneur et celui de ma mère, je le jurai face au calvaire qui me faisait face dans cette brume de novembre, un artifice de la nature qui voilait avec pudeur un soleil à peine éveillé.

A cette heure matinale, je frissonnai. La malle poste m’avait laissée là, dans les faubourgs, intégrés à leur environnement naturel, une grasse campagne se nourrissant des restes d’une ville débordante de ses contours. Une vue d’estaminets et de masures au bord des chemins et la gaieté de filles pernicieuses, c’était là le chambellan qui m’annonçait à la ville; des maisonnettes, à peine meilleures que celles des paysans que j’avais pu connaître. Pourtant, ce paysage me semblait si beau, si plein de promesses, attirant mon corps et mon âme à la fois. J’étais Gabriel, l’archange annonciateur, le porte-parole d’une nouvelle que je gardais jalousement, celle de ma réussite. Ils pouvaient me dévisager, les bourgeois bien-pensant, avec mon allure de joueur un peu hagard, la tête coiffée d’un vieux haut-de-forme plein de poussière, le corps tout entier couvert d’une pèlerine élimée à tous les bouts, trop vieille pour m’avoir appartenu en propre mais d’un goût trop récent pour avoir l’air d’avoir été un legs familial. Ils verraient, tous !

Parti de Rouen, je me lançai à l’aventure, loin de ma région pluvieuse et si belle où les herbes grasses côtoyaient une faune en nombre et heureuse. Point de pâturages et de bois giboyeux ne se dressaient pourtant dans mon avenir. Je ne regrettais plus, déjà. Au contraire, je construisais mon futur, une vie heureuse et riche, de toutes les façons. Paris, bourg aux cent clochers, cité aux cent visages, c’était la ville de mes ambitions. Une haute taille, la peau claire, quoique halée d’un été campagnard qui, bientôt, ne devait laisser aucun souvenir, la main ferme, le regard profond, un esprit vif et bien fait; c’étaient des armes assurément, elles devaient conduire à mon triomphe. Je ne doutais de rien, j’avais trop peu à perdre pour douter encore. Je me nommais Gabriel et, un maigre bagage avec moi, j’arrivai à Paris, ce jour de novembre 1823.
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Gabriel
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MessagePosté le: 28/03/2018, 18:45    Sujet du message: [RP] En marche vers la capitale, un pari relevé Répondre en citant

La charité… Jamais encore je n’y avais songé et ma fierté était bien trop forte pour la réclamer. Quoi ! Un Beauchamp-Tonnerre réduit aux plus misérables extrémités humaines, à l’emploi le plus vil et petit que connaissait la société ! Jamais ! J’aurais préféré connaître la sensation glaciale du plomb traverser ma gorge, savoir mon sang chaud se répandre au sol et mon corps être découvert là, inerte, mon âme jetée éternellement dans les abîmes les plus profonds des enfers. Je tenais à mon honneur, viscéralement. C’était tout ce qu’il me restait alors, avec mes jeunes années et un esprit bien fait, du moins le croyais-je encore. Réduit à rien, mangeant peu, ne me chauffant pas, vêtu de hardes décidément élimées, je me faisais l’impression d’être lépreux, de vivre en ermite, loin du monde et au cœur de tout. Que pouvais-je haïr alors, tout et tout le monde, bourgeois enrichis à qui je reprochais leurs pratiques peu scrupuleuses, dames empanachées que j’associais aux gourgandines que j’avais pu connaître, clercs ensoutanés que je détestais pour le peu de cas qu’ils avaient fait de moi… jusqu’aux ministres même, auxquels je prêtais les intentions les plus basses, les ambitions les plus viles, et les conseils les plus mauvais pour diriger la nation.

Dans le modeste appartement humide que je louai cet hiver-là, payant trop à une vieille concierge aigrie pour que l’on imaginât pour moi une fortune supérieure à la mienne, je rugissais intérieurement, je hurlais en moi, criant mon désespoir au monde entier. Pourtant, contre la mauvaise fortune qui s’acharnait sur moi, je ne négligeais pas mes manières de gentilhomme. Attentionné sans être pressant, souriant sans paraître benêt, élégant dans mes manières sans imiter les dandys, je vivotais çà et là, comme les oiseaux qui passent de branche en branche, sifflent et s’envolent ailleurs. Le jour, je flânais, dépensant peu, mangeant moins encore. Le soir en revanche, je rejoignais d’autres jeunes gens, plus ou moins fortunés, souvent aguerris, dilapidant ma maigre bourse au trictrac et plus encore au pharaon et au brelan. Avalant des bouteilles entières de vin souvent aigre ou trop épicé, je terminais mes soirs d’hiver au petit matin, plus ruiné que la veille, en piètre état, sans néanmoins, par miracle, me couvrir de dettes. Quel gentilhomme de moins de trente ans pouvait refuser de jouer aux cartes ! Pourtant, ne rencontrant que des tricheurs et des jeunes perdants discrets, je ne me fis guère d’amis, reçu moins encore la moindre invitation ou le plus humble carton. J’étais un camarade de débauche, buvant trop, jouant plus encore, couchant en-dehors de mon lit, collectionnant sans même toujours m’en souvenir les relations les plus instables et les pires conquêtes. Ma conduite aurait fait scandale en d’autres temps, sans doute, mais j’agissais la nuit, comme le renard ou le hibou, assez intelligent pour sourire le jour, et paraître dans la rue avec un autre visage, frais et sérieux.

A l’aube de février néanmoins, je vis qu’il me serait difficile de m’acquitter de mon second trimestre. Je ne pouvais trembler devant ma concierge, une femme de peu, d’une condition si inférieure à la mienne, d’un statut si différent du mien. Je m’en ouvris un soir, trop alcoolisé pour m’en empêcher, à un jeune baron qui m’avait, sans véritable raison, offert son amitié ; du moins avait su se montrer prévenant à mon égard. « Il vous faudra songer à travailler, cher ami ! » lâcha-t-il, avec au coin des lèvres le rictus caractéristique des hommes du monde qui conseillent leurs obligés. Cela me bouleversa tant que j’imprimai profondément ce visage en moi. Je savais qu’il avait raison mais ne pouvais déroger ; je me devais à l’honneur de mon nom. Ce que j’avais perdu, je le retrouverai, me jurai-je. Plus encore, je le gagnerai au centuple, à la faveur de mon esprit et à la sueur de ceux qui, plus faibles, croiseraient ma route. Aussitôt, j’abandonnai ces soirées, réfléchissant davantage, buvant chez moi, lisant beaucoup. Le mois qui suivit, je me renseignai pour obtenir une place dans une maison respectable. Je devais assurément me construire une nouvelle identité.
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Gabriel
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MessagePosté le: 31/03/2018, 16:35    Sujet du message: [RP] En marche vers la capitale, un pari relevé Répondre en citant

Ecouter chaque soir, d’un air faussement enthousiaste, un air de Gluck joué au clavecin dans l’intimité du salon familial, tapissé de vieux portraits aux mines sombres ; sourire à ses créanciers pour se montrer aimable ; éduquer sans montrer trop de fermeté un jeune élève au caractère détestable ; chanter ses louanges à des parents toujours indifférents ; cela ne pouvait durer. J’avais enfui ma fierté trop précipitamment pour ne pas qu’elle remonte à la surface, plus violemment encore. Un mois seulement… c’était le temps que j’avais tenu. Le poste à peine commencé dans une grande famille m’avait éreinté. Je n’avais dérogé, bien sûr, en acceptant pour mille francs d’annuités et de nombreux avantages de la vie courante, la charge de précepteur dans une dynastie de juristes, dont le fils unique était un fardeau lourd à porter. Je m’étais pourtant lassé d’être leur obligé. Tout bien né que j’étais, leur fortune m’était honteusement étalée. On m’ourdissait de conseils de bonne éducation, citant Rousseau en exemple, ce sinistre individu qui n’avait jamais appliqué pour lui-même un traître mot de son Emile. Ah, les Lumières, comme j’en goûtais chaque soir, tandis que des valets gantés et poudrés servaient et débarrassaient une table si raffinée que mes ancêtres mêmes, au sommet de leur gloire, n’avaient jamais connue. Je ne disais rien alors, me contentant de manger et de boire, d’un appétit contenu, essayant de ne pas porter attention aux dires de ces révolutionnaires du monde, bien mis, dansant sur la corde raide tendue entre l’ancien monde et le libéralisme économique et social. Ils louaient le roi bien sûr, mais en avançant les bienfaits apportés jadis par la Constituante et l’Empire. Cela, je ne pouvais l’accepter. Il me semblait inconcevable de nier le droit divin des princes et la légitimité qu’ils en tiraient. Je saluais en cela l’Angleterre dont le régime, bien que modéré, alliait la noblesse du rang au pouvoir monarchique, sans nier pour autant les prouesses du siècle en marche. Je n’étais pas un Ultra, loin s'en fallait, mais je méprisais les parvenus. Or, mes employeurs en étaient.

Avec courtoisie, je donnai donc mon congé à Monsieur N., un matin, alors que son héritier, de dix ans à peine, avait une fois de plus insinué mon infériorité. Quelle audace ! L’argent n’achetait pas tout, il ne m’acheta pas moi. On se montra contrit de mon départ, me proposa deux-cents francs de plus, cinq-cents francs même, m’offrit deux jours de congés hebdomadaires, je refusai tout, prit les quatre-vingt francs qui correspondaient au mois passé et partit, emportant avec moi mon honneur et l’élégant vêtement qu’on m’avait coupé à mon arrivée. Je saluai la maîtresse de maison, à l’ancienne mode, et partit aussitôt, sans destination précise, plus désargenté encore que lors de mon arrivée dans ce Paris nauséabond. Désormais, il fallait songer à mieux me placer, dans une maison fortunée certes, mais plus encore chez des aristocrates auxquels je pourrai me mesurer. Je partis donc en quête de cette maison-là, n’ayant avec moi qu'à peine assez pour vivre décemment et sans excès une quinzaine de jours. Je me mis donc au travail immédiatement, louant un galetas inconfortable dont je savais que je n’aurai à supporter l’inconfort que peu de temps. Alea jacta est, me dis-je ! Et c'était en effet un nouveau défi que je devais relever.
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