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[RP] Journées d'un nouveau parisien

 
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Alphonse Léodegard
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MessagePosté le: 03/10/2018, 16:09    Sujet du message: [RP] Journées d'un nouveau parisien Répondre en citant

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Le 3 octobre 1824 au matin.

Vers le Louvre, une berline sans grande classe tirée par deux chevaux d’envergure, marrons tachés de blanc, s’arrête devant une auberge. Sur la façade de celle-ci, une pancarte de couleur jaune sur laquelle on peut lire, en lettres gothiques noires : « Au bon petit Roi ».
Un homme qui vient tout juste de passer le cap de la trentaine sort de cette berline. Il est de taille moyenne et plutôt mince. Il commence à avoir quelques cheveux et des favoris grisonnants. Cet homme est habillé d’un long manteau noir, et il cache toujours sa main droite dans sa poche. De sa main gauche, il replace une écharpe à carreaux, la température se refroidissant en ce début de mois d’octobre. Puis, de sa poche gauche, il sort deux pièces d’argent qu’il donne au cocher qui vient de sortir de la berline la besace de l’homme.
Un salut de la tête, et la berline repart. L’homme contemple la façade de l’auberge. Des pierres dorées qui ne viennent sûrement pas du Beaujolais, des fenêtres qui n’ont pas dû être lavées depuis longtemps…
Au loin, il entend quelques vieillards tousser. Lâchant un soupire qui se transforme en nuage devant sa bouche, l’homme se mit à penser tout haut :

La voilà cette fameuse France royale ? C’est cela que l’on nous promettait il y a dix ans au moment de la restauration ? Balivernes… Tout cela ne vaut rien.

Prenant, toujours de la main gauche, son sac, il se dirigea vers la porte de l’auberge. Le grincement que la porte fit en l’ouvrant lui fit comprendre que le cocher ne lui avait pas menti en le conduisant à l’auberge la moins chère de la capitale.
Dans l’entrée de l’auberge, on aperçoit à droite une grande salle à manger où une grosse dame au tablier tout tâché sert des bols de vin chaud. A gauche, un long couloir donnant sur un escalier. L’homme alla donc dans la salle où au fond, on pouvait maintenant voir une cheminée où plusieurs bûches brûlent. Il vit le comptoir où un homme d’une cinquantaine d’années, chauve aux joues creuses, se tient debout. Notre personnage marcha vers lui. Il l’apostropha en lui disant :

Bonjour monsieur, c’est combien la nuitée chez vous ?

L’homme lui répondit : « La nuit c’est 2 francs 50. »

Hochant la tête, et sortant sa bourse pour compter l’argent qu’il avait sur lui. Il soupira en constatant qu’il n’avait pas assez pour la semaine. Le patron lui dit à nouveau : « Si vous trouvez que c’est trop cher, vous pouvez toujours dormir dehors ! »

Notre homme leva les yeux noirs de sa bourse vers lui et lui répondit :

J’ai de quoi vous payez 3 nuits, vous savez où je peux trouver du travail ?

Pendant que le patron sortait son cahier, notre homme sorti sept pièces d’argent et une pièce de bronze. Le patron lui demanda : « A quel nom la chambre ? »

Notre homme se présenta alors : Alphonse Léodegard, nouvellement arrivé de Bordeaux.

Le patron arqua un sourcil et lui répondit : « Mais diable… que vient faire un girondin de par chez nous ? Pour le travail, vous pouvez aller sur les quais de la Seine, ils doivent bien avoir besoin de déchargeurs de marchandises, ou alors du côté de la cathédrale Notre-Dame, les curetons doivent bien avoir besoin de quelques bras pour aider à soigner les pauvres. »

Un nouveau soupir, et Alphonse (c’est bien notre homme) prit son sac pour aller s’asseoir sur une des chaises autour de la grande table de la salle à manger. D’un geste de la main gauche, il appelle la patronne. Pour la première fois, il sort sa main droite de sa poche. Si vous le rencontrez un jour, et que vous voyez cette main dehors, vous verrez une citatrice sur l’ensemble de la main.

Alphonse lui demande : Possible d’avoir un vin chaud ?

La patronne s’éclipse et revient avec un grand bol de vin chaud. Alphonse trempe ses lèvres dedans, le patron lui demande à nouveau : « Vous m’avez toujours pas dit pourquoi z’êtes venu ici ? »

Notre homme posa son bol et le regarda : C’est une coutume à Paris que de demander l’agenda des nouveaux arrivants pour les six prochains mois ?
La fin de la phrase s’accompagna d’un regard interrogateur. Alphonse n’aimait pas parler de son passé. Le patron comprenant sa méprise, se contenta de sortir un chiffon de dessous son comptoir, et d’essuyer machinalement celui-ci. Alphonse, pour sa part, replongeait ses lèvres dans le vin chaud qui n’était pas du luxe, la grosse chaleur de l’été commençant à laisser place au froid de l’hiver.

Son bol terminé, il leva la tête et regarda les deux personnes assis à la même table que lui, un peu plus loin à sa droite. Un homme dont l’apparence lui donnait une soixantaine d’année, et en face de lui un homme légèrement plus jeune. Tous les deux bien enfouis sous des vêtements de laine, et un bonnet dont quelques mèches de cheveux blancs dépassaient. Ils jouaient aux cartes. Alphonse écouta vaguement les annonces que les deux hommes se lançaient. Les pièces que pariaient les deux hommes allaient de l’un à l’autre au fur et à mesure que la partie avançait.

La patronne voyant le bol d’Alphonse vide demanda s’il en souhaitait un autre. Cette phrase ramena à la réalité un Alphonse qui était dans ses pensées. Notre homme refusa cordialement, et pris ses affaires pour aller s’installer dans sa chambre.
En quittant la salle, le patron lui indiqua que sa chambre portait le numéro sept.
Notre homme quitta la salle à manger en emprunta ce petit escalier pour gagner le premier étage. Un long couloir s’offrait à lui avec quatre portes de part et d’autre. Les numéros impairs à gauche, les numéros pairs à droite.

Le bruit des chaussures d’Alphonse sur ce plancher en bois résonnait dans ce couloir bien sombre, où il n’y avait aucune fenêtre. Il alla au fond du couloir, à gauche, devant une simple porte en bois, à serrure de cuivre, au centre de laquelle se trouvait un chiffre sept.
Alphonse tourna la poignée et ouvrit la porte. Sa première impression fut d’abord de constater qu’il y avait une bonne odeur de renfermé. Les volets n’étaient pas ouverts, il alla donc droit face à lui pour ouvrir la fenêtre, puis les volets. Refermant la fenêtre, il constata en passant son index gauche sur l’un des carreaux que la poussière n’avait pas dû être faite depuis longtemps. Notre homme s’amusa à dessiner grossièrement une fleurs de lys sur laquelle il fit deux grands traits obliques comme pour faire une croix dessus. Tant au figuré qu’au sens propre, c’est bien ce que comptait faire Alphonse : faire une croix sur cette royauté qui, en mille sept cent cinquante ans, n’a rien apporté à la France, que larmes, sang coulé, et malheurs pour des millions de familles. Le roi que le mauvais sort, et la curie romaine, venait de nous donner ne changerait rien.

Il se retourna et contempla la chambre qu’il allait occuper pour bien des jours. Un lit simple, pour une personne (il n’avait pas l’intention de ramener quelqu’un, cela tombait bien), un bidet avec un miroir, un bureau et une armoire. Voilà pour la chambre.

Retirant son manteau, il s’assit au bout de son lit. Cet après-midi, il devrait trouver du travail, et gagner de l’argent pour le grand projet qu’il avait en tête depuis des semaines, et qui l’a poussé à quitter Bordeaux pour Paris.
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Alphonse Léodegard
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MessagePosté le: 04/10/2018, 12:40    Sujet du message: [RP] Journées d'un nouveau parisien Répondre en citant

Toujours assis sur son lit, Alphonse réfléchit. Le patron de l’auberge avait raison : « Mais diable, que vas-tu faire dans cette galère ? Tu crois que c’est en restant assis que tu seras à la tête de l’opposition et que tu renverseras une bonne fois pour toute cette mauvaise monarchie et ce nouveau Roi qui sera inéluctablement aussi mauvais que tous les autres qui l’ont précédé ? Lève toi, et marche ! »
Cette petite voix qui parlait dans sa tête l’a convaincu, et plutôt deux fois qu’une, et voilà que notre homme se lève d’un bond, comme piqué par une envie irrésistible de conquérir le monde, de conquérir ce pouvoir que l’on a trop longtemps confisqué au peuple au profit d’une caste, soit-disant nobiliaire, qui a tout préempté : argent, bénéfices, bonheur, vie digne.

Maintenant qu’il est debout, le voici rattrapé par ce même problème : l’argent… toujours l’argent… encore l’argent. Sa bourse est bientôt vide. Il devient urgent de la remplir à nouveau.
Un homme dirait beaucoup plus tard : « une révolution, c’est comme une bicyclette, quand elle ne marche pas, elle tombe », et sa conquête républicaine du pouvoir pourrait bien tomber à l’eau avant même d’avoir commencée s’il ne travaille pas pour mettre de l’argent de côté, pour subvenir à ses besoins élémentaires, puis pour mettre en œuvre son projet, celui qu’il peaufine depuis des mois.

Pour l’heure, il est toujours là. Se ressaisissant, il prend d’un geste rapide son écharpe qu’il noue autour de son cou, puis enfile son manteau, et quitte d’un pas décidé cette chambre. Ses pas résonnent toujours sur le plancher et dans l’escalier. En un rien de temps, le voici dehors.
Il se souvient alors des deux conseils que le patron de l’auberge lui a adressé : décharger des marchandises sur les quais de Seine, ou aider à soigner les pauvres à Notre-Dame. Alphonse commençait à faire quelques pas dans la rue pour l’aider à réfléchir. Il essayait de se faire une idée des deux métiers, et surtout de celui qui rapporterait le plus vite de l’argent. Et oui, cela serait tellement plus simple si les pièces de francs poussaient dans les arbres comme une belle pomme, et s’il suffisait d’arroser cet arbre tous les matins pour en recueillir les fruits à la nuit tombée.

Mais avant tout : que sait-il faire ? Un événement de son passé (lié à son infirmité à la main) l’empêche d’effectuer le genre de travaux qu’on lui conseille pourtant. Un rire s’échappa de lui quand il pensa qu’un vol pourrait tout aussi bien faire l’affaire. Non évidemment, il ne va pas voler quelqu’un. Il faudrait être idiot quand on veut rendre l’argent aux pauvres que de les voler. À se moment là, Notre-Dame sonnait les douze coups de midi.
C’est pourtant du côté des quais de la Seine qu’il se dirige. Il se doutait que s’il allait aider les religieux à soigner les pauvres, ils ne donneraient pas beaucoup en retour. Il commençait à distinguer au loin les quais avec plusieurs bateaux qui commencent décharger. D’un pas plus pressé, Alphonse se dirige déterminé, droit sur les quais.

Arrivé sur les quais, il cherche un homme qui serait le chef de tout ce foutoir. Sur sa droite, il voit un homme debout, plutôt grand, de forte corpulence, mal rasé avec une pipe à la bouche. Notre homme l’apostrophe de loin :

Eh oh ! C’est toi le chef ici ?

Celui qu’Alphonse prenait pour le chef des quais le regarda. Il retira sa pipe et lui répondit : « Pour sûr qu’c’est moi l’chef ici ! Qu’es-c’-tu veux ? »

Alphonse fait quelques pas dans sa direction et lui répond, prenant une voix déterminée, comme dans, ce que l’on appellerait dans quelques siècles, un entretien d’embauche :

Je cherche du travail ? Tu cherches des gars ?

Accompagnant la parole au geste, il remonte les manches de sa veste, espérant une réponse positive de cet homme, qui lui répond d’ailleurs : « On cherche toujours du monde, c’est dix-sept francs la journée. Va sur le bateau du fond. »
Le patron désigne de sa grosse main un bateau, qui n’a pas très fier allure, mais qui vient de finir sa remontée de la Seine pour déposer ses marchandises. D’un pas rapide, et sans prendre le temps de retirer son long manteau noir, et commença à prendre avec un autre employé des quais, des caisses, et des caisses, encore des caisses.

Le soir arrivant, tous les employés se mirent en file indienne pour percevoir leur paie. La file aboutissait à une table en bois derrière laquelle se trouvait assis le patron des quais. Sur la table, un encrier, et plusieurs feuilles sur lesquelles étaient inscrits les noms des employés, ainsi que plusieurs tas de pièces d’argent et de bronze, des francs bien entendus.

Arriva le tour d’Alphonse. Ouvrant sa main gauche pour recevoir au creux de la paume son salaire bien mérité, le patron lui dépose les pièces. Alphonse les recomptes, il dit :

Mais… pardon… mais, il y a huit francs cinquante. Il manque la moitié.

Le patron lève la tête de sa feuille et lui répond : « T’es arrivé à midi, tu r’çois la moitié du salaire de la journée. Et si t’es pas content, tu vas chercher du travail ailleurs, tu crois quoi ici ? Il y a tellement de gens sans travail que je claque des doigts et j’ai dix hommes qui sortent d’la Seine pour prendre ta place… Allez file, tu m’fais perdre du temps. »

Ravalant sa fierté, Alphonse quitta la file, et mis dans sa bourse les huit francs cinquante. Demain, il était sûr de ne pas revenir ici, il irait, en effet, chercher du travail ailleurs.
Pour sa première journée à la Capitale, il venait de se confronté à cette dure réalité.
Arrivé de nouveau dans sa chambre, il s’endormit assez rapidement. Voici comment s’est passée la première journée parisienne de notre Alphonse Léodegard.
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Alphonse Léodegard
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MessagePosté le: 05/10/2018, 21:03    Sujet du message: [RP] Journées d'un nouveau parisien Répondre en citant

Tout était très flou dans cette scène. Alphonse était là, débout, dans un costume noir de style révolutionnaire, portant à la taille la ceinture tricolore à franges d’or des députés de 1792. Notre homme était en haut d’un escalier au bout duquel se trouvait un pupitre. En bas, la salle était noire de monde d’hommes habillés comme lui ; les tribunes l’étaient tout autant, de femmes et d’hommes, de jeunes et moins jeunes, du pauvre au bourgeois. Tous semblaient attendre qu’Alphonse déclare quelque chose. Il regardait l’unique feuille blanche posée sur le pupitre, à en-tête de l’Assemblée nationale, sur laquelle on pouvait lire, d’une écriture classique de secrétaire, six mots qui allaient changer le destin du pays à jamais.

La royauté est abolie en France !

À ce moment-là, ce fut l’hystérie dans la salle, des députés montant à la tribune pour venir congratuler notre homme pour avoir prononcé les six mots que tout le monde attendait. Dans la tribune, les personnes présentes se serraient dans les bras, s’embrassaient, se félicitaient.
Tout semblait irréel à cet instant. Alphonse n’y croyait pas non plus, était-ce possible que cette mauvaise chose soit enfin abolie dans la Patrie des droits de l’Homme ? Il ne prêtait pas attention aux félicitations qu’on lui adressait. Il se contentait de serrer mollement des mains, de sourire à ceux qu’il pensait connaître… d’ailleurs, c’est idiot, mais il ne connaissait personne. Tout le monde semblait le connaître, mais pas lui.

*BOUM BOUM BOUM*

Alphonse qui était en réalité dans lit se leva d’un bond. Oui, en effet, il venait de faire un très joli rêve. Il avait été replongé au 10 août 1792, cette magnifique journée où avait été proclamée la fin de la Monarchie en France. Pour le plus grand malheur de celle-ci, elle était revenue, tel un cheveu blanc que l’on arrache et qui repousse encore plus dru, ou une mauvaise herbe.
Pourtant, là, il n’avait pas rêvé, on venait de frapper à sa porte. Il se leva, et en quelques pas, se retrouva devant la porte de sa chambre. Il tourna la poignée et la porte s’ouvrit. Le patron était derrière la porte, une lettre à la main. « C’pour vous cet’lettre. »

Alphonse la prit et essaya tout d’abord de reconnaître l’écriture sur l’enveloppe. À ce moment-là, le patron lui dit : « J’ai payé pour vous le coursier. »
Notre homme lui adressa en retour un sourire de remerciement et le patron retourna vaquer à ses occupations. Alphonse referma la porte de sa chambre, et s’assit au bout de son lit, regardant toujours l’enveloppe. L’écriture, au premier coup d’œil, ne lui disait rien. Avec son index, il déchira alors l’enveloppe, et, après avoir retiré la lettre de celle-ci, en fit une boule qu’il jeta par terre.
Il y avait deux feuilles blanche, avec une grosse écriture un peu penchée. Alphonse commença à la lire : « Bordeaux, le 1er septembre 1824. Cher Alphonse, tu te doutes bien que si je t’écris, ce n’est pas pour te raconter le temps qu’il fait à Bordeaux, ou le déroulement des vendanges dans les hauteurs de la ville, ou l’énième crue de la Garonne. Si je t’écris à Paris, c’est qu’il y a matière. Je pense que tu te doutes qu’il s’agit de politique. Ici, on est loin de la capitale, on ignore ce qu’il s’y passe. Tu as eu raison d’y monter afin de tenter de porter nos idées politiques, celles du peuple qui n’a plus jamais été consulté depuis bien longtemps sur son avenir. J’aimerai simplement que tu saches que si ma santé me l’avait permis, je t’aurai suivi. À deux, avec mon intelligence et ta jeunesse, nous aurions fait de grandes choses. Hélas, je dicte cette lettre à mon médecin, mon âme allant prochainement quitter cette Terre pour de grandes vacances. J’espère que tout cœur que tu arriveras dans tous les projets que nous avions évoqué ensemble. Adieu, Gabriel. »

Son plus ancien ami, celui qui lui avait donné l’envie de se battre pour l’abolition définitive de toute forme de royauté en France, n’était plus. Quelques jours plus tard, il recevrait en effet l’avis de décès, dans une enveloppe blanche bordée de noir.
Pour l’heure, une fois passé le premier sentiment (légitime) de tristesse, il devait une nouvelle fois trouver du travail. Une fois ses chaussures nouées à ses pieds, il se leva de son lit, et commença à faire les cent pas dans sa chambre. Il réfléchissait à haute voix, sans se préoccuper d’un éventuel voisin qui pourrait l’entendre :

Bon, parlons peu, parlons bien… Décharger les marchandises sur les quais de Seine, trop peu pour moi. Même si cela à le mérite de me faire connaître le quotidien harassant de millions de français, il me faut trouver un métier qui soit assez bien payé pour vite me permettre de commencer ma lutte.

Puis, il se mit à décliner, toujours à haute voix, une liste de métiers possibles pour lui, compte tenu de sa fâcheuse infirmité à la main droite, en donnant à chaque fois les avantages et les inconvénients. Après un bon quart d’heure passé dans cette position, il arriva à la conclusion qu’il n’y avait pas de métier pré-établi pour lui, et que, même s’il y en avait quelques uns qui pourraient le tenter, encore fallait-il trouver quelqu’un qui pratique ce métier dans la capitale ET qui recherche du personnel.
Le seul moyen de trouver un travail : prendre son manteau et aller voir par lui-même dans Paris. Il prit alors son manteau, et quitta l’auberge, sans même prendre un petit déjeuner, que seuls les bourgeois pouvaient se permettre alors.

Il se mit à marcher alors vers… n’importe où dans Paris. Il se disait à un carrefour « Tiens, je prends à gauche ici », ou alors, « Tiens, là je prends à droite ». Pour quelqu’un qui a passé la dernière décennie de sa vie à des centaines de kilomètres de la capitale, débarquer ici, comme un cheveu dans la soupe, c’est brutal. Et puis, Paris c’est grand, on s’y perd facilement si l’on n’est pas doté d’un bon sens de l’orientation. De ce côté-là, on ne va pas dire qu’il a un bon sens de l’orientation, mais plutôt une bonne mémoire des rues qu’il a emprunté.

Alphonse n’a pas fait attention à l’heure à laquelle il est parti de l’auberge. Depuis combien de temps il marche ainsi, seul, dans Paris ? Aucune idée. À quoi pense-t-il à ce moment-là ? À rien, si ce n’est, à regarder les diverses devantures qu’il croise, à la recherche d’une annonce.
Il arrive alors devant un hôtel particulier. Au-dessus de la porte, une pancarte blanche, en force d’arc-de-cercle, où l’on pouvait lire en lettres d’or : « Imprimeries Dumont & Fils – Depuis 1799 ». Sur cette fameuse porte, une feuille était clouée dans ses deux coins supérieurs. On y lisait : « Cherche aide-typographe ».

Ah oui tiens, une imprimerie ! Voilà une bonne idée !

Notre homme pousse alors la porte, et il se trouve dans une grande salle, munie de machines de différentes sortes. Un bureau se trouve sur sa gauche, avec un homme élégamment habillé, relisant les dernières feuilles sorties de l’imprimerie. Alphonse se dirige vers lui et tousse pour attirer son attention. Ce monsieur lève la tête de sa feuille et lui dit : « Bonjour monsieur, vous êtes ici pour l’annonce je suppose ? »

Bonjour monsieur, tout à fait, je pense que je suis votre homme.

Le monsieur se lève, et tend sa main pour une poignée de main. « Je me présente, monsieur Georges Dumont, le propriétaire de l’imprimerie. Veuillez me suivre. »
Alphonse s’exécuta, et le suit vers une grande table. Un autre homme est assis, en pleine relecture. Monsieur Dumont lui présente : « Voici mon typographe, Philippe. Votre travail est simple. Vous aurez des feuilles manuscrites. Vous devrez utiliser ces petits caractères de plombs que vous placerez sur de grandes plaques de plomb également. Vous la passerez ensuite au typographe qui vérifiera et ira ensuite imprimer les feuilles. Nous travaillons pour le journal qui se trouve au premier étage. »

Notre personnage hoche la tête et lui répond : J’ai bien compris, et à combien s’élèverait mon salaire ?

Le patron lui répond : « Vingt francs la journée, soit cent quarante francs la semaine. Cela vous convient-il ? »
Alphonse acquiesce. Le patron le laisse alors avec Philippe le typographe. Il s’assit aux côtés de lui. Toute la journée, il la passa ainsi à lire des textes de journaux, à le mettre en page et à les donner à Philippe. Le journal qu’Alphonse s’occupait à mettre en page, était un journal libéral. Il ne prenait pas position sur le régime à instaurer en France, mais s’occupait à présenter des solutions aux problèmes français.

Il rentra chez lui le soir, bien content de ce nouveau travail. Avec sa paie en poche, il était persuadé que ces appointements seraient suffisants pour ses besoins et son projet. Il pouvait même espérer à terme, changer de lieu d’habitation.
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Alphonse Léodegard
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MessagePosté le: 07/10/2018, 11:20    Sujet du message: [RP] Journées d'un nouveau parisien Répondre en citant

Deux jours ont passé au cours desquelles Alphonse s’est familiarisé avec son nouveau métier d’aide-typographe. Il a apprit à connaître Philippe, le vieux typographe, au cours de longues discussions. De ce qu’il avait compris, Philippe se fichait un peu du régime en place, il y a un Roi, il fait avec, un Empereur, il a fait avec, une République, il ferait avec. Notre homme s’est amusé à penser que son opinion avait dû être formée à la lecture du journal indépendant dont il était chargé de mettre en forme les articles. Monsieur Dumont, propriétaire de l’imprimerie, avait été content de son travail et lui avait fait savoir qu’il était embauché définitivement.

Un soir, dans sa chambre, il se mit à marcher d’un bout à l’autre et à réfléchir tout haut, comme il en avait l’habitude, ne prêtant toujours pas attention à un éventuel royaliste qui serait son voisin :

Une imprimerie, c’est ce qu’il me fallait ! Avec cent quarante francs de salaire, j’aurai vite de quoi changer d’habitation et de quoi mettre de l’argent de côté. Mais en attendant de commencer la lutte républicaine, je peux profiter du fait de travailler pour une imprimerie pour faire quelques affiches qui réveillent la conscience républicaine endormie d’une majorité de français.

Il alla s’installer à la chaise, devant son bureau et l’ouvrit. Dans le bureau se trouvait un nécessaire d’écriture et des feuilles blanches. Il en saisit une et commença à coucher sur papier des idées de phrases marquantes. Les premiers essais n’étaient pas concluant.

Il ne suffit pas de dire « A bas la monarchie ! » pour que les gens comprennent qu’ils sont emprisonnés dedans. Il faut les amener à la réflexion pour qu’ils comprennent d’eux-même qu’il faut abattre cette chose.

Alphonse reprit ses essais. On ne sait trop comment, mais tout à coup, lui vint l’idée d’une affiche géniale. Mais évidemment, il ne pouvait pas aller voir son patron pour lui dire : « Monsieur Dumont, puis-je utiliser une de vos machines pour imprimer une affiche contre le Roi ? » Le patron le mettrait à la porte directement, ne voulant pas risquer de voir la Maréchaussée débarquer au petit matin pour l’emmener dans une prison lugubre du pouvoir, et se voir exécuter le lendemain après un procès truqué pour outrage au ci-devant roi de France. Notre homme devait donc trouver une idée pour rester seul derrière une machine pour faire sa besogne.

La nuit porte en effet conseil. Le lendemain, en arrivant à son travail, Alphonse alla voir Monsieur Dumont et lui dit :

Monsieur, j’aimerai passer avec Philippe la nuit pour l’édition du soir du journal.

Le patron accepta, et lui confia un double des clés, comme à Philippe. En effet, le soir, pour la double page de l’édition du soir, Philippe était encore seul à occuper les deux emplois de typographe et de son aide. Une fois la clé en poche, il s’installa aux côtés de Philippe, commença son travail et lui dit, d’un ton plutôt content de sa trouvaille :

Philippe, à compter de ce soir, tu ne seras plus seul pour la seconde édition. Monsieur Dumont a accepté que je t’aide !

Philippe était content, à deux, ils iraient plus vite, et il pourra retourner plus vite au lit. À force de prendre de l’âge, les heures de sommeils comptent et il avait besoin, lui aussi, de dormir. Ils restèrent donc tous les deux, le soir après 20h pour imprimer l’édition du soir du journal du dessus, constitué d’une simple double page que les enfants iraient vendre à la criée tout de suite après.
Une fois leur travail terminé, Philippe ferma l’imprimerie, comme tous les soirs, et ils rentrèrent tous les deux chez eux. L’opération de conquête du pouvoir commencerait ce soir. Au plus fort de la nuit, Alphonse s’habilla de couleurs entièrement sombres pour ne pas être vu dans la rue. Il se faufila furtivement dehors de l’auberge, ne mettant ses chaussures que dehors pour éviter d’être entendu, et prenant garde à ne pas faire trop grincer la porte d’entrée de l’auberge.

Alphonse déambulait donc ainsi, dans Paris, ne voulant pas être vu de quiconque. Il mit évidemment plus de temps pour arriver à l’imprimerie qu’à l’accoutumée. Il n’ouvrit pas les volets, la lueur de la pleine lune de cette nuit là qui passe à travers les interstices de ceux-ci lui suffirent pour se guider dans la pièce et pour trouver les bougies qui étaient encore allumées quelques heures plus tôt quand Philippe et Alphonse étaient là pour imprimer l’édition du soir.

Il sorti de sa poche le texte qu’il avait longuement préparé et se mit donc à imprimer dix affiches sur une double page d’ordinaire réservée aux journaux. Notre homme trouverait bien quelque chose sur les panneaux pour la coller ou l’attacher. Alphonse passa ainsi deux bonnes heures à faire le tour des panneaux d’affichage de la capitale pour clouer son affiche, à l’aide d’un clou retiré d’une précédente affiche et enfoncer grâce au talon d’une de ses chaussures.

Puis il retourna à l’auberge de la même façon qu’il en était sorti. Rentrant dans son lit, il dit encore tout haut :

Prenez garde citoyen Capet, vos heures sur votre trône sont petitement comptées. Je vous en ferai descendre un bon coup de pied aux fesses.

Et Alphonse s’endormit fier de sa besogne. Il pensait alors à son ami décédé et à sa dernière lettre avant de mourir. Tout ceci était pour lui, pour les idées républicaines !
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Alphonse Léodegard
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MessagePosté le: 10/10/2018, 15:52    Sujet du message: [RP] Journées d'un nouveau parisien Répondre en citant

Alphonse s’était réveillé de bonne humeur, fier du travail qu’il a accompli la nuit passée. Sa lutte avait commencée, le compte à rebours de l’instauration de la République était désormais enclenché. Après s’être habillé rapidement, il quitta sa chambre et commença à se rendre sur son lieu de travail : l’imprimerie Dumont et Fils. Sur sa route, il vit un attroupement en face d’un des panneaux sur lesquels il avait collé une de ses affiches.
Il se rapprocha doucement de ce groupe de personnes. Ce dernier était composé d’une dizaine de personnes, des femmes, des hommes, des vieux, des jeunes. Ils commentaient ce qu’ils lisaient.

Ils seraient surpris de savoir que c’est moi qui ait collé cette affiche, pensa-t-il. S’il le savait, je serai peut être roué de coups, ou alors porté jusqu’à la Chambre pour y proclamer la République.

Il écouta les opinions que les gens de ce groupe émettaient : une femme disait que telle affiche était inacceptable et le responsable devait être puni, un vieil homme lui rétorqua que cette affiche ne présente que des faits. Les esprits commençaient à s’échauffer, Alphonse s’éloigna alors du groupe pour reprendre sa route.

Monsieur Alphonse Léodegard, président de la République, c’est joli, cela sonne bien, pensa-t-il à nouveau.

Arrivé dans l’imprimerie, il constata une effervescence plus qu’inhabituelle. Tout le monde travaillent plus que d’habitude. Il prit son poste et demanda à Philippe :

Que ce passe-t-il Philippe ? Pourquoi ce bazar ?

Philippe ne levait pas la tête de sa machine et répondit à notre homme : « Cette nuit des affiches républicaines ont été posées cette nuit. Tout le monde est sur les dents car on cherche le responsable et aussi parce que cette affiche a convaincu des personnes. Enfin, parce qu’une campagne analogue à eu lieu à Cherbourg, les journalistes du dessus ont reçu une dépêche dans ce sens d’un journal cherbourgeois ‘‘Aux armes’’. »

Alphonse écoutait, un sourire en coin, satisfait des conséquences… puis resta totalement bouche-bée à l’évocation d’une campagne analogue sur Cherbourg. Philippe se retourna et lui dit : « Dis, mets toi au travail, on a beaucoup d’articles à imprimer aujourd’hui. »
Notre homme prit alors sa place et commença à monter les plaques avec les caractères de plombs pour retranscrire les nombreux articles du journal. Il cogitait : était-ce possible que Cherbourg se réveille enfin de sa longue léthargie politique ? Il n’avait pas oublié qu’il y des années, le chef-lieu de la Manche avait été le théâtre d’une lutte mortelle entre Républicains et Royalistes. La République avait été proclamée mais ce duc d’Alençon et de Genève aux mœurs très libertines avait remporté la bataille avec quelques facilités.

Ainsi donc le républicanisme n’était pas mort, il avait là-bas de possibles alliés. Alphonse se devait d’aller les voir. S’était sa mission que de fédérer les républicains dans un même mouvement qui emporterait tout dans son passage : les royalistes corrompus, les nobles, l’opposition vendue au roi, enfin, le roi lui-même. Il devait trouver une idée pour aller là-bas.
À la fin de la journée, il alla voir son patron, monsieur Dumont, qu’il n’avait pas croisé de la journée tant celle-ci avait été remplie. Le journal du dessus, pour couvrir cette campagne républicaine avait dû doubler le tirage. Alphonse trouva donc monsieur Dumont et lui demanda :

Monsieur Dumont, je vous demande l’autorisation de m’absenter du travail quelques jours. Je dois aller à Cherbourg pour affaires familiales.

Le patron qui était pressé et qui n’avait donc pas le temps de s’attarder à chercher le pourquoi du comment, accorda le droit à Alphonse de s’absenter, se contentant de lui dire qu’il devait être de retour lundi sans faute, ou sinon il serait considéré comme renvoyé de l’imprimerie.
Alphonse quitta donc son travail, n’étant pas préposé à l’édition du soir pour aujourd’hui, et après avoir payé d’avance la chambre jusqu’à lundi, il fit ses affaires et se mit en route pour Cherbourg.

Il espérait vraiment y trouver des alliés républicains.
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MessagePosté le: Aujourd’hui à 18:03    Sujet du message: [RP] Journées d'un nouveau parisien

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