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[RP] « Domaine de Labrussière »

 
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Eloi
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Joined: 27 Dec 2018
Posts: 7

PostPosted: 30/12/2018, 17:06    Post subject: [RP] « Domaine de Labrussière » Reply with quote

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Une soirée d’hiver à Labrussière, décembre 1824
- Ah Monsieur l’abbé, je vous en donnerai bien davantage si je n’étais pas si gênée.
- Mais non, même pour dix sous…
- Ne me grondez pas. Je suis consciente qu’on ne guérit pas la misère avec deux pièces d’argent. Pourtant, au cœur de l’hiver, nous sommes limités nous-mêmes. Allez, donnez cela à vos pauvres, je les soulagerai autrement au printemps.
- Vous êtes une bonne âme, Madame. Mais soyez assurée…
- Alors c’est entendu, au printemps.
- A votre convenance Madame la comtesse.


L’abbé Forestier, curé de Méneval, n’insista plus. Il connaissait assez « la première de ses paroissiennes » comme il le disait souvent lui-même, pour savoir qu’elle ne l’écoutait pas. C’était un jeune prêtre encore, de trente ans à peine, dont les rabats et barrettes n’avaient pas eu le temps de s’user. Il se plaisait néanmoins dans cette province percheronne, gouvernant quelques deux-cents âmes au cœur du doyenné de Bellême, depuis sa petite église en pierre datée du XIIe siècle. Surtout, il se félicitait de connaître sur le territoire de sa succursale, comme d’ailleurs beaucoup de ses confrères, un château où passer des soirées d’hiver autrement plus agréables que dans son vieux presbytère humide. Mais plus encore, savoir qu’une famille de la vieille noblesse habitait là, fidèle aux traditions de jadis, était d’un grand réconfort. La Révolution n’avait épargné nulle campagne et la petite église de Méneval n’avait plus eu de desservant pendant trente ans. Aussi, quand il arriva à l’automne 1821, quoi d’étonnant à ce que la religion ne soit plus uniformément pratiquée dans toutes les familles, que les filles dussent honteuses être parfois mariées en catimini, à la veille du Carême, et que les jeunes gens soient dissipés à l’heure du sermon dominical, arrivant même à la grand-messe avec une demi-heure de retard. La comtesse l’aida dans sa tâche de reconstruction du « chemin menant au Ciel » comme il l’appelait, achetant volontiers un trousseau liturgique à ses frais, ou faisant appel à quelque cousine éloignée pour l’acquisition des six grands chandeliers d’argent pour lequel le conseil de fabrique d’une paroisse rurale n’aurait pu réunir la somme qu’au prix de terribles efforts. Surtout, l’achat d’un imposant soleil en vermeil à l’été, que le comte d’Orglandes, président du Conseil général, avait offert à la paroisse par l’entremise de la châtelaine de Labrussière, avait fait d’elle une bienfaitrice incomparable pour le jeune curé, qui l’élevait presque en vertu à l’heure de ses sermons. Flattée mais honteuse d’être ainsi montrée devant tous, la comtesse, installée au premier rang avec ses enfants, rosissait simplement, avec une mine dévote. Donc, pour le remercier, Monsieur le curé était désormais son invité tous les mardis et jeudis, sans exception. Et celui-ci ne manquait pas d’honorer son hôtesse de sa présence, à dîner pour la première visite hebdomadaire ou à quatre heures de l'après-midi pour la seconde.

- Monsieur l’abbé, nous rejoindriez-vous pour un whist ?
- Nous dirons que j’accède à la requête par esprit de pénitence.
- Comme pour le porto !


Tout le monde rit volontiers aux éclats à la plaisanterie du jeune homme. Après ses sœurs, il s’assit à la table recouverte d’un vieux tapis, tandis que le prêtre prenait place face à lui, son verre de vin à la main. Plus jeune et un peu plus petit que l’ecclésiastique, le garçon, tout à fait détendu, distribua les cartes avec un fin sourire, tandis que papotaient ces demoiselles. Il était plutôt bien fait de sa personne, le visage fin, encadré de favoris à la mode sous une belle chevelure brune. Rendus sérieux par d’épais sourcils, ses yeux d’un bleu éclatant riaient de bon cœur. En frac et en bas blancs accompagnés de souliers fins, le jeune homme affichait une élégance assumée. Comme ailleurs, la soirée était la parfaite excuse pour s’apprêter, et ses sœurs l’entendaient de la même oreille, l’une et l’autre habillées de toilettes en organdi, leur chevelure brune relevée à la girafe et piquée de rubans blancs. Il faut dire que les jeunes filles étaient des lectrices assidues du Journal des modes qu’elles faisaient apporter au château.

- Oh Ludivine, tu abandonnes donc ton piano !
- Il le faut bien Mère, ou il vous faudra me remplacer au whist.
- Eloi, tu es incorrigible avec tes cartes !


Assise près de l’âtre, la comtesse n’était en réalité pas fâchée que son fils et ses filles s’entendent si bien. Ses enfants n’avaient jamais été une source de troubles pour elle, et elle pouvait se féliciter de réussir à leur éducation, ce qui, avec ses maigres ressources, n’était pas aussi simple qu’elle l’avait espéré d’abord en se mariant avec un capitaine de hussards sous le Consulat. Elle ne souffrait certes pas d’indigence mais devait pourtant limiter certaines dépenses trop frivoles. Aussi régnait-elle en maîtresse sur son domaine et sa gentilé, au grand dam parfois de ses enfants. Pour l’heure en revanche, empâtée dans une épaisse toilette mauve un peu démodée, elle arbitrait de loin la table de jeux, s’assoupissant presque du fait de la chaleur et peut-être du porto, dont il faut avouer qu’elle raffolait.

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« Il y a peu d'hommes assez sages pour regarder la noblesse comme un avantage, et non pas comme un mérite, pour se borner à en jouir, sans en tirer vanité. »
Charles Pinot Duclos (1751)
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Eloi
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Joined: 27 Dec 2018
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PostPosted: 30/12/2018, 22:48    Post subject: [RP] « Domaine de Labrussière » Reply with quote

On se quitta peu après neuf heures, la nuit tombée depuis longtemps, non sans avoir prêté une lanterne à l’abbé Forestier pour qu’il retrouve le chemin de son presbytère à une demie-lieue de là. La comtesse avait bien insisté pour qu’on le raccompagne en voiture, mais comme à chaque fois, l’ecclésiastique avait décliné pour faire à pied la demi-heure de marche qui séparait Méneval du château. En vérité, même en plein jour, on n’apercevait pas l’édifice sur l’ancienne route royale de Bretagne qui passait là, entre Igé et Bellême, pour rallier Nantes. C’était au sud du village, où s’entassaient à peine une bonne vingtaine de masures en torchis, autour de ce qui ressemblait davantage à une grosse chapelle romane flanquée d’épais contreforts, et entourée d’un petit cimetière aux croix chancelantes, qu’un chemin vicinal au creux d’un bois conduisait à deux gros piliers de calcaire dépourvus de porte qui marquaient l’entrée du parc de Labrussière. Nichée derrière ses hauts arbres, la demeure en brique rouge couverte d’une toiture en ardoises ne manquait certes pas d’élégance, avec son pavillon central flanqué de sept hautes fenêtres sur les deux niveaux et sa vaste terrasse qu’encadraient les avant-corps des ailes latérales en parfaite symétrie. En s’approchant, on remarquait néanmoins que le bâtiment avait souffert de décennies d’abandon relatif, et malgré son rachat par le comte d’Armont en 1807, d’un sérieux manque d’investissements. Sa femme, plus encore après son veuvage en 1813, ne pouvait assurer seule l’entretien de la demeure et du domaine, et, par souci d’économie, limitait les dépenses superflues. Heureusement, rares étaient les visiteurs à Labrussière, sinon ceux qui y étaient obligés, et les locaux fondaient uniquement leur jugement sur l’essentiel : c’était « le château ».

Le lendemain, levé aux aurores, Eloi se contenta d’avaler un grand bol de lait avant de courir aux communs. Vêtu d’une culotte de chasse, cravache à la main, il plongea la main dans un sac d’avoine et s’approcha de sa jument favorite, âgée d’à peine sept ou huit ans, aussi fougueuse qu’il pouvait l’être lui-même. Le jeune homme appréciait tant galoper furieusement avec elle alors qu’autour de lui, les clochers appelaient quelques dévotes à la messe basse quotidienne et les paysans aux champs. Il lui était même déjà arrivé de croiser sur son chemin certains métayers qui bien qu’ôtant respectueusement leur casquette, cachaient mal leur étonnement de trouver leur jeune maître levé de si bon matin en pleine campagne. Lui-même n’y prêtait aucune attention. Il appréciait tant alors l’air vif qui lui caressait les joues et le sifflement du vent à ses oreilles. Il repensait à son père, mort à Leipzig le 18 octobre 1813 après un glorieux combat. Il s’imaginait chevaucher à ses côtés, en tenue de hussard, sabre au clair, au son de la trompette de cavalerie et du canon. Cette sensation le grisait. Nulle amertume ou la moindre tristesse. Il avait depuis longtemps accepté le décès d’un père qu’il avait peu connu. Au contraire, cette mort le remplissait de fierté. Qu’il eut servi l’empereur ou le roi de Prusse, tout cela lui était bien égal, ce qu’il voulait, c’était suivre ses traces en grand soldat, combattre à cheval, tomber pour un drapeau et se relever pour la gloire. Ce rêve, il le conservait comme un secret, admirant parfois des heures durant le portrait de son père en uniforme dans le salon d’armes du château où il trônait en bonne place en guise de trumeau sur une cheminée toujours éteinte. La comtesse n’aimait guère cette pièce qui lui rappelait douloureusement combien les armes étaient impitoyables. Aussi, depuis 1817 et son retour du collège ecclésiastique du Mans où il avait été pensionnaire, le salon au meuble défraîchi couverts de housses mitées était devenu pour Eloi un sanctuaire, au cœur duquel trônait ce père disparu, à la moustache saillante, le visage de profil, la pelisse au vent, en glorieux militaire. C’était là son inspiration.

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Charles Pinot Duclos (1751)
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Eloi
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Joined: 27 Dec 2018
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PostPosted: 31/12/2018, 16:33    Post subject: [RP] « Domaine de Labrussière » Reply with quote

Vingt-deux ans à peine et plein d’espoir en l’avenir, ah elle pouvait être fière de son seul fils. La comtesse y songeait encore en l’observant rentrer de sa folle chevauchée depuis sa fenêtre. Le garçon était beau et vigoureux et si par le port d’un col large, il masquait un cou trop allongé, la tête était posée sur des épaules plutôt bien faites qui contrastaient avec une taille fine de gentilhomme. Quant aux jambes, quoiqu’un peu courtes, l’équitation les avait rendues musculeuses à souhait. Pourtant, malgré sa fierté, la quinquagénaire craignait qu’Eloi ne s’engage dans les armées de Sa Majesté, ce qu’elle ne pouvait admettre ; aucun régime, aucune couleur, ne justifiait pour elle qu’on lui sacrifie sa vie. Son défunt mari avait succombé devant les armées étrangères coalisées, à quelles fins ? La France avait perdu ses provinces allemandes et le régime impérial avait succombé, comme son père, le baron de Mutzenheim, l’avait depuis toujours secrètement espéré, avant d’accueillir Louis XVIII à bras ouverts. Entretemps, une dynastie savoisienne s’était installée sur le trône, avant le retour des Bourbon. A l’été 1824, Paris avait accueilli son nouveau roi, encore un, ce qui lui donnait assurément la migraine. La valse des monarques était une preuve suffisante pour qu’on ne verse son sang pour personne. Hélas, Eloi de Domecy d’Armont ne l’entendait pas de cette oreille. Intrépide, le jeune homme rêvait des uniformes de hussards et de dragons, chevauchait comme un chasseur et chargeait le gibier avec la force d’un cuirassier. Sans sa mère, il aurait intégré un collège militaire dès l’adolescence, et aurait sans doute été un brillant cavalier. On avait cependant songé pour lui qu’un collège ecclésiastique était plus sûr, et sans espérer un instant qu’il entre dans les ordres sacrés, l’assurance qu’il soit formé par des prêtres permettait à la comtesse de fermer l’œil chaque nuit. A présent pourtant que son fils avait forci et qu’il était devenu un homme assez raisonnable pour se comporter dans le monde et tenir son rang, la crainte devenait chaque jour plus tenace. Un jour, Eloi se ferait militaire. Elle le savait, et devait tout tenter pour l’en empêcher.

- On m’a écrit à ton sujet.
- Ah ? Que dit-on ?
- Ne sois pas aussi léger. C’est une tante de ton père, qui a un hôtel à Saint Denis. Elle souhaiterait que tu la visites prochainement.
- Y suis-je tenu, Mère ?
- Rien ne te retiens ici. Et j’ai déjà pris mes dispositions. Tu partiras la semaine prochaine. Mademoiselle d’Yeu t’attend à l’Epiphanie.
- Je ne connais rien de cette demoiselle et…
- Ne fais pas l’enfant Eloi. Tu seras de retour avant l'été. D’ici là, tâche de faire bonne impression.


Le jeune homme ne discuta plus. Il avait pour habitude d’obéir à une mère qui gouvernait son monde de main de fer, et si elle l’envoyait à proximité de la capitale, il comptait bien en profiter pour visiter ce Paris qu’il n’avait jamais vu et dont certains de ses camarades lui avaient vanté les mérites… et les charmes nombreux. Pour la comtesse en vérité, cette invitation était une aubaine. Il s’agissait d’occuper Eloi quelques mois, le faire fréquenter la bonne société parisienne et ainsi lui ôter de l’esprit ces velléités guerrières qui l’animaient. Corriger la fougue d’un fils de hussard par le raffinement du monde était une invention dont elle se réjouissait déjà en secret. Elle n’avait pas mis sa vieille tante dans la confidence bien sûr, mais elle espérait que la fortune de cette dernière aiderait à la conversion de cet enfant qu’elle ne laisserait pas s’en aller en uniforme, aussi galonné et mordoré soit-il.

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Charles Pinot Duclos (1751)
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