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[Littérature]Nouvelles Populaires.

 
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Vincent d'Orcanie
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Joined: 03 Jun 2015
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Localisation: Sous le Soleil de Satan
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PostPosted: 28/01/2016, 17:54    Post subject: [Littérature]Nouvelles Populaires. Reply with quote

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~Écrites à l'occasion du concours de nouvelles de février 1816 organisé par S.M. Léa de France.~

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Les trois pendus par Pascal.

C'était un mercredi. Un mercredi comme il y en a toutes les semaines. Un de ceux qui précède le jeudi et suit le mardi. Une chaleur à ne pas mettre un marseillais au travail mais derrière les portes d'un café, à siroter une boisson bien fraiche. et ce mercredi là, aussi banal paraissait il, était un jour étrange. Les hommes si volubiles à l'accoutumée , se taisaient. Même les femmes ne criaient pas après les enfants ou les mouettes qui venaient chaparder le poisson sur leurs étals. Un drôle de mercredi finalement. Celui des coupables. Celui du silence. Mais l'histoire à commencé quelques jours plus tôt. Dans le bruit, dans les cris des vendeurs à la criée, dans les odeurs de poissons et les chants des enfants. Ce jour là, les étrangers , comme on les appelait, était en train de décharger un bateau. Les étrangers, ce sont ceux qui ne sont pas nés à Marseille ou même, pas nés sur le port. Mais ceux là, c'était des vrais étrangers. Il y avait Sélim, le marocain. Il avait quitté son pays en y laissant femme et une ribambelle d'enfants. Il fallait les nourrir et son village n'avait plus de travail pour lui. Alors, prés d'un an avant, il était arrivé à Marseille. Il y avait une petite chambre, une belle fenêtre qui laissait entrer le soleil et des amis. Il n'était pas vraiment heureux mais il n'était pas malheureux non plus. Il avait rencontré Marcelino à son arrivée. Marcelino, il venait de l'autre coté de la méditerranée. Lui, il avait fuit son pays. Petit voleur à la sauvette, il risquait la prison ou même pire. Alors une nuit, il s'était caché à bord d'un bateau. Advienne que pourra. Et c'est Marseille qui était advenu. Depuis des mois maintenant, il se tenait sage. Peut être une bourse de temps en temps tombait accidentellement d'une poche vers la sienne, mais rien de plus. Et il en faisait profiter tout le monde. Certains l'appelaient "le rital" mais jamais en face, il faisait un peu peur , Marcelino. C'est lui qui a connu le boiteux en premier.

Le boiteux, lui, il est marseillais depuis toujours. Personne ne saurait dire comment il s'appelle, sauf peut être sa mère, si il en avait eu une. Le boiteux, il s'était appelé Gaston, il y a longtemps. Mais depuis ses trois ans, le jour où il a été mis à l'orphelinat, il s'est appelé Le Boiteux. A seize ans il s'était enfuit. Oh, pas bien loin, sur le port pour se faire prendre comme mousse. Mais sa démarche n'allait probablement pas dans le sens du roulis, jamais il ne trouva patron. Alors comme les autres, il déchargeait les bateaux.

Marcelino, Sélim et le boiteux. Pas vraiment amis mais compères de solitude. Chacun était la famille des deux autres, finalement. Et ils se retrouvaient tous les jours. Tout le monde les aimait bien, les étrangers. Discrets, polis, serviables...de bons étrangers donc, qui savaient se tenir à leur place.

Ce jour là, ils avaient fini plus tôt que l'habitude. Le bateau n'avait que peu et la centaine d'hommes sur le port avait travaillé vite. Faut dire qu'ils étaient motivés. Le soir même, le bal des fiancés avait lieu. Une fois l'an, tous les jeunes gens célibataires , se retrouvaient à ce bal. Filles bien mises, garçons lavés, sentant bon l'alcool de lavande, la musique et le regard des parents attendris mais attentifs, tout autour.

Nos trois étrangers, le bal n'était pas pour eux...sauf pour le boiteux. Solitaire il était mais depuis quelques mois il se rendait compte qu'il aimerait bien connaitre une jeune fille. Et pas n'importe laquelle. Le boiteux, il avait des vues sur la fille du maire. Elle serait au bal, il le savait. Elle y allait chaque année. Pas jolie aux yeux des jeunes hommes, sujet de moquerie des jeunes filles, Anaïs était célibataire. La tuberculose l'avait prit dans l'enfance et l'avait laissé souffreteuse et malingre.

Mais le boiteux, lui, il voyait dans ses yeux l'envie de vivre, de rire et..il était amoureux. Seulement voila..pour aller au bal, faut des beaux habits, des sous pour les fleurs à offrir, de belles chaussures, toute la belle panoplie de l'homme à épouser. Il était désespéré. Sa belle, parce que belle elle était pour lui, allait surement trouver un fiancé. Un digne de son rang de fille de maire. Et le Boiteux en souffrait d'avance.

Il s'en ouvrit à ses deux amis. Marcelino lui proposa les cinq francs qui lui restaient de sa paye du jour. Sélim lui, n'avait que deux francs. Ils étaient bien loin du compte, évidement. Mais si tous trois étaient, ou étaient devenus, d'honnêtes travailleurs, il n'en restait pas moins à l'un d'entre eux un grand sens de la débrouille. Marcelino était le plus dégourdi des trois. Il savait comment aider son ami et ce à moindre frais.

L'église. voila la solution bien sur. Pas la prière, il y avait peu de chance d'être entendu d'ici le soir. Mais le curé, il recevait tous les jeudis la collecte pour les pauvres. La plupart du temps , on y trouvait les habits un peu élimés des riches des environs. Des chaussures aussi, des jeux de bois, des assiettes quelques fois. Sauf qu'on était jeudi justement et qu'il, le curé, ne distribuait les dons que le mardi qui suivait. Mais qui ne tente rien, n'a rien. Le curé comprendrait surement et il ferait une exception.

c'est ainsi que les trois étrangers se rendirent à l'église. Et là, misère de misère, un mot sur la porte. L'encre encore fraiche disait: Église fermée jusqu'à mercredi, pour cause de mère du curé malade. Marcelino arracha la feuille clouée pour lire à nouveau. Le français c'était pas facile. Mais le mot était bien clair. Il le jeta et le léger mistral fit le reste. Dépités, ils allaient faire demi tour. Finit les espoirs du boiteux, finit peut être le seul espoir de la fille du maire, même si elle ne le saurait jamais. Sélim n'aimait pas le regard triste de son ami. C'est rapidement que l'idée germa. Rien de bien méchant, non. Prendre...emprunter même, ce qui a été offert pour être donné, ce n'est pas un vol.

Il forcèrent la porte, sans grand mal, se promettant de venir la réparer dès que possible. Le curé comprendrait, lui, c'était un brave homme. Les paquets d'habits étaient posés au fond de l'église, prés de l'autel. Si au début ils prirent soin de les ouvrir délicatement pour chercher de quoi habiller le boiteux, il n'en fut rien au bout de quelques minutes. Les habits volaient, les fous rires accompagnaient les trois hommes, s'imaginant portant ceci ou cela. Enfin, trouvaille fut faite. Une belle chemise claire, un pantalon de toile à peine rapiécé, des chaussures assez grandes pour que le boiteux puissent danser sans avoir trop mal. Leur butin sous le bras, les trois amis sortirent discrètement. Ils allèrent chez Sélim, et il ne leur fallut pas moins d'une heure pour rendre le boiteux tout beau. Toujours bancal mais présentable.

Et le soir était là. Trois amis qui regardent les jeunes filles assise en face. des jeunes couples qui dansent au son des fifres et tambourins. Des rires, des baisers qui s'échangent et..pas de fille du maire. Le boiteux ne dit rien. Il se lève, va demander un verre de liqueur, retourne à sa place. Mais en revenant, il la voit enfin. Son père la traine presque. On sent bien qu'elle n'est pas à son aise. Et alors, peut être ragaillardit par la liqueur de châtaigne, le boiteux les rejoint.

Il l'invite et contre toute attente, le père maire accepte. Peut être a t'il compris que marier sa fille ne se ferait pas sans mal. Toujours est il que c'est main dans la main que les deux jeunes gens vont rejoindre les danseurs. Une danse, puis deux puis trois puis les heures passent. Anaïs, la fille toute palote, a retrouvé des couleurs. Des murmures timides s'échangent, des doigts se trouvent, deux âmes se rencontrent. "c'est la chemise de mon cousin Nicolas que tu porte on dirait?" "euh..oui, le curé me l'a donné ce soir" . regard de honte d'être pauvre. " bé elle te va bien mieux qu'a ce chapacan". sourire de bonheur. Le bal se termine, et de nouveaux couples se sont formés. c'est ça le bal des fiancés. On y vient avec ses parents, on en repart avec le cœur chantant. Et le cœur du boiteux il chante fort. si fort que ses deux amis d'exil l'entendent et sourient . Ils ont la preuve sous leurs yeux, le bonheur c'est aussi pour les oubliés de la vie.

Et c'est vendredi qui arrive, vendredi qui voit un boiteux si guilleret sur les quais qu'il ne boite même plus, il sautille. Sélim rit. Il connait ça et il pense à sa femme, à ses enfants...ils lui manquent et il décide d'acheter un billet pour faire la traversée. Oui, quelques jours au Maroc, il en a besoin. Marcelino, lui, rit aussi. Les filles, elles vont et viennent pour lui. On n'épouse pas un étranger qui ressemble à..un étranger. Mais il a du charme, ce charme méditerranéen auquel les jeunes marseillaises ne résistent pas. Les plus vieilles non plus mais chutt...y'a des maris jaloux qui ont déjà du mal à passer les portes.

Et c'est samedi. De nombreux bateaux à décharger, du travail pour attendre plus facilement dimanche. Pourquoi dimanche? Parce qu'Anaïs, le dimanche, elle va dans les collines, aux champignons. Et le boiteux, il va y aller aussi. ils ont convenu d'un rendez vous. Et il s'est décidé..il y aura un baiser. Son premier baiser, celui qui scellera ce que le bal à commencé.

Puis c'est Dimanche. Ca s'agite le dimanche , sur le port, vous n'avez pas idée. Mais l'activité principale, c'est de mettre ses beaux habits pour aller à la messe. Les trois amis ne vont jamais à la messe, même Marcelino. Lui, il va prier tout seul, de temps en temps. Mais là, ils sont assis au café et ils se regardent. Aucun n'a pensé a réparer la porte. Aucun n'a pensé à aller s'excuser auprès du curé. Ils se sentent honteux et se promettent d'y aller dans la soirée. L'ambiance n'est plus là du coup et ils s'éloignent de la foule animée pour aller cuver leur honte dans un coin du port.


Dimanche et des hurlements. Dimanche et pas de messe, pas de curé. Les premiers arrivés ont trouvé la porte forcée. Les suivants, curieux malsains, on fouillé l'église à la recherche du curé mais n'ont trouvé que les habits éparpillés. Dans tout ça, des chaussures. Des chaussures que certains connaissent bien. Des godillots déformés par une claudication accentué. Les voix s'élèvent, les cris rugissent..les marseillais ont faim et soif. Faim de justice, soif de vengeance..le curé est introuvable, et pour cause, on a du l'enterré après l'avoir volé.

Qui se souvient d'une statuette en or qui n'est plus là, qui se rappelle d'un coffret qui a disparu , qui..Un cri, un nom. Enfin, pas un nom proprement dit. Mais on connait les coupables. Oui, mon bon monsieur, moi je vous dis que je sais. Parce que les chaussures, ca ne trompe pas. et que le soir du bal..il avait des beaux habits le boiteux, je m'en souviens.. Le mot est lâché. Par qui? ce n'est pas important parce qu'il se répand comme seule une vérité peut se répandre...LES ÉTRANGERS.

On sait où les trouver, sur les quais. A chaque pas qui séparent l'église du port la foule augmente. La haine aussi. Ils se cachent au bout du quais, une preuve contre eux, si besoin était. des étrangers, ca ne pouvait rien apporter de bon. On a été bien bon de les accueillir, les recueillir. On savait qu'un malheur arriverait. Ces gens là sont pas comme nous. Ils parlent pas pareil, ils ne nous ressemblent pas. les outils des uns deviennent des armes, les langues des autres deviennent la justice. Justice. voila le mot qu'on scande maintenant . La police? peut être certains y ont songé mais ils n'ont pas du crier bien fort.

Trois hommes qui voient arriver une foule. Trois amis qui s'en étonnent, se demandent..se rendent compte..ne comprennent pas. Puis les mots arrivent, ceux sensés expliquer. Sales étrangers! vous avez tué le curé!! Le curé? Marcelino se lève. Le curé il est chez sa mère, c'est écrit sur la porte. Mais c'est trop tard pour tout ça. Le jugement a été rendu. Les étrangers sont des assassins. De toute façon, on le sait, les étrangers sont toujours de mauvaises gens. Marcelino crie maintenant. Sélim est debout aussi, il explique, il s'énerve. "on a juste prit les habits"..l'aveu nécessaire est là. Ils avouent être entrés donc.. Puis une voix douce au milieu de tout ça. Une voix toute tenue. On sent qu'elle s'approche. Elle est là, fixant les trois hommes, fixant le boiteux. "faut les pendre"...les mots sont lâchés comme le prisonnier dans la fosse aux lions. OUI FAUT LES PENDRE! Police, justice, tribunal? pourquoi attendre, de toute façon ils ont avoué, ils seront pendus alors autant régler ca en..famille.Anaïs, petite souffreteuse qui n'ira pas aux champignons. Elle a condamné celui qui avait offert un sourire et son cœur.

C'était un dimanche presque ordinaire. Un de ceux qu'on racontera pas aux veillés prés du feu, pourtant. Un dimanche où trois hommes furent roués de coups alors qu'on les trainaient dans une ruelle. Un dimanche où trois cordes furent attachés aux balustres. Un dimanche où trois amis pensaient peut être...on n'aurait pas du oublier de réparer la porte. Un dimanche où trois amis se balancent au bout d'une corde, justice est faite. Trois amis que l'on décrochent, que l'on jettent dans un trou. Il n'y à jamais eu d'étrangers parmi nous, ma bonne dame.


C'était un mercredi. Un mercredi comme il y en a toutes les semaines. Un de ceux qui précède le jeudi et suit le mardi. Une chaleur ...L'homme avait chaud. Il s'essuyait le front tous les trois pas. Il aurait du aller directement chez lui mais il avait la gorge sèche. Le quai était calme et pour cause. Avec ce soleil , ils sont tous dans les cafés du port. L'homme entre, pose sa valise et s'éponge une fois de plus. Il est heureux. Et c'est dans un tonitruant " et ben, quelle chaleur ici" qu'il salue tout le monde. Les visages se tournent, blêmissent. On le regarde, on se regarde, on le regarde...on baisse la tête. Mais de toute façon..les étrangers, c'est jamais bons, n'est ce pas? Le curé s'assoit et commande. Le silence lui répond.

Depuis ce mercredi, on dit que toutes les nuits on entend dans la ruelle maudite une voix, une seule. Décrooochhhes moi...pour les uns, c'est un accent italien, pour les autres, c'est une voix grave de boiteux..pour certains, c'est la voix dure d'un crépu...mais dans les trois cas, on s'est rassurés...tôt ou tard ils auraient fait le mal, on a juste prit les devants. Ca, c'est ce qu'on dit avec les yeux à ses compagnons de vengeance. Mais le soir, seul, devant l'image que nous renvoi le miroir...on sait et on demande pardon.

Dans un petit village du Maroc, sept enfants pleurent. Dans cette même maison une mère maudit ce mari qui l'a abandonné. Il est allé chez les étrangers...ils l'ont gardé..

c'était l'histoire des trois pendus






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« Malheur à celui par qui le scandale n'arrive pas.»


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Vincent d'Orcanie
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PostPosted: 28/01/2016, 17:56    Post subject: [Littérature]Nouvelles Populaires. Reply with quote

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Maudit bonheur par Mouchkin Macquart.

Maudit Bonheur Comment ai-je fait pour en arriver là ? Le gardien de ma cellule m’a proposé de délivrer mon âme avant que je ne soit délivré physiquement ; je n’ai pas souhaité me confesser à un prêtre, je ne voulais pas que quelqu’un m’écoute et m’oublie, que je ne sois qu’un homme parmi les autres, un condamné parmi tant d’autres, un horrible pêcheur dont la mort ne sera pas une perte. Me voici donc, m’apprêtant à coucher sur papier le récit qui fut ma vie, rêvant que quelqu’un découvre ce manuscrit le lise, et me comprenne ? Non, je ne puis pas naïf au point d’espérer qu’un quelconque être me comprenne, tout ce que je désire, est que la personne qui me lira ne m’oublie jamais, Moi, Maurice Béraud. J’ai toujours envié ce que possédais mon grand frère, cela allait de ses vêtements, jusqu’à son intelligence. Par je ne sais quelle bonté qui composait son caractère, il m’accordait constamment, dans la mesure du possible, ce que je convoitait chez lui : il me donnait ses habits, ses jouets, sa place à table, son fauteuil près de la cheminée dans le salon, me laissait gagner au jeu de billes, m’apprenait tout ce qu’il savait. Il m’offrait tous ce qu’il pouvait m’offrir, sans jamais rien me demander. Malgré toutes ces gentillesses, je demeurais inlassablement inassouvi, insatisfait de mon existence. Cela se traduisait chez moi par un constant mépris de toutes choses, j’en venais même jusqu’à honnir la vie humaine, et à morigéner mon frère au moindre geste déplaisant. Ah ! Quelle faiblesse il témoignait face à mes attaques, je trouvais la façon avec laquelle il baissait son regard, ne tarissant d’excuses, tout à fait fascinante et abominable. Mais le réprimander ne me suffisait plus, il fallait que je le fasse souffrir physiquement, aussi je le battais, il pleurait, ce qui me répugnait chez lui, nonobstant il m’accordait toujours ses égards, s’efforçant pitoyablement de combler le moindre de mes désirs. Même avec l’âge mon mal – car l’on m’a autorisé à le nommer ainsi – ne s’atténuait pas : mon frère avait achevé ses études, exerçait la fonction de médecin, et s’était marié à une ravissante jeune femme, nommé Constance, quant à moi, j’avais échoué lors dans mes études de droit, je dû donc me raccrocher au métier de gendarme. Chaque jour je patrouillais en ville passant par devant les maisons des « gens heureux » rêvant pendant un instant… un terrible instant, que ce soit moi le riche notable sortant de son luxueux hôtel, que ce soit moi le pianiste jouant sur son instrument, composant avec un tel génie et une telle fougue, que vous ne saurez vous le figurer, que ce soit moi le fonctionnaire joyeux rentrant dans sa petite maison accueillit par sa femme et ses enfants. Mais tout cela n’était qu’un rêve, et tous les rêves ont une fin, je dû retourner à la misérable réalité de mon existence, retrouver mon petit appartement miteux sous les combles, réchauffer la soupe de la veille, pour m’endormir sur une sorte de grabat, respirant le cuivre. Chaque Samedi, je dînais chez mon frère et sa femme…Ah ! Que j’aimais ces soirées… à huit heures le soupé était servis, nous mangions, puis, une fois la table desservis, nous jouions au cartes, mon frère perdait à chaque fois, ou encore nous nous lancions dans des discussions interminables. J’aurais aimé ne jamais quitter cette demeure.
Il fallait que cela arrive un jour, ce jour là, ce désir me parut à l’esprit comme une évidence… je convoitais l’épouse de mon frère…mais je savais que le seul moyen de l’avoir était de l’épouser, et il était exclus de tuer mon frère. Par conséquent je dû m’efforcer d’exister en réprimant cette envie brûlante, je pris la résolution De renoncer les soirées du samedi, de me tenir à l’écart du couple, Hélas, l’on ne peut fuir l’inévitable… un soir, me parvint une lettre de mon frère, me demandant de venir passer les voir, je dû me résigner à retourner dans la demeure de l’être que j’enviais. Cette soirée me parut longue, épouvantablement longue, je dînais sans dire mot, tandis que mon frère et son épouse échangeait des banalités, me posait quelques questions auxquelles je répondais par des hochements de tête suivis de réponses brèves, mais, comme le l’ai écrit précédemment, l’on ne peut fuir l’inévitable, et l’interrogation que je redoutais, tomba telle le couperet d’une guillotine :
-« Pourquoi n’êtes-vous pas venu nous voir pendant trois mois ? Me demanda Constance, vous nous avez beaucoup manqué, autant à Firmin – car mon frère s’appelait ainsi, Firmin – qu’à moi. »

Je ne sais quelle tête je fis avant de lui répondre, mais je sais qu’elle devait être suspecte. Les mots s’encombraient dans ma tête, je cherchais un mensonge crédible, pour bégayer :
-« Je…je…j’avais beaucoup de travail le chef voulait que je fasse parti de la brigade de nuit.
- Ah, bon ? Fit Firmin dubitatif, il fallait nous en avertir en ce cas, cette brave Constance préparait tous les Samedi ta part du repas, à chaque fois elle me disais que c’était ce soir que tu venais. »
Il eut un bon rire, qui ne tarda pas à gagner Constance, tandis que je me contentais de sourire timidement. Le soupé et la partie de carte achevées, Firmin m’invita à venir dans son cabinet, parler avec lui… je me souviens encore de la conversation que nous avons eut ensemble, de chaque mots qu’il avait prononcé, de chaque réponses que j’avais faites, de son regard, de l’éclairage de la pièce, je me rappelais à quel point mon frère me parut austère, distant et froid, comme si un muraille glacé nous avez séparé… Firmin se tenait derrière son bureau, il me prie de m’asseoir, je lui obéis :
-« Que se passe-t-il ? Me demanda-t-il.
- Mais rien, l’assurai-je.
- Inutile de me mentir, je sais que quelque chose te tourmente, dis moi ce que c’est.
- Mais rien ne…
- Suffit ! M’interrompit Firmin, dis moi de quoi il s’agit ! Je ne supporterais pas plus longtemps tes mensonges ! Dis le moi, ou c’est moi qui le dis selon ce que j’ai deviné !
- Mais je ne sais pas de quoi tu parles…
- Bien, déclara-t-il, si tu t’obstines dans cette voie, je vais te dire ce que je pense de tes agissements… et ne me prend pas pour plus sot que je ne le suis… tu crois que je ne sais pas pourquoi tu n’es pas venu depuis trois mois, j’ai vu comment tu regardais Constance, hein ? Il est inutile que j’en dise d’avantage sur le sujet, car je crois que tu m’as compris et que tu sais de quoi je parle, n’est-ce pas ? »
Comment l’avait-il deviné ? Je voulus protester, mais ne sortirent de ma bouche que des bégaiement :
-« C’est…c’est…c’est…Je…je…je…
-Ah ! s’écria-t-il la voix pleine de larmes, se rejetant en arrière dans son fauteuil, et prenant sa tête dans ses mains, Alors c’est vrai ! Ah ! Dieu de Dieu ! Que vais-je faire de toi ? Ah ! C’est ma faute ! Je n’aurais jamais dû te gâter, t’habituer à tout avoir de moi ! De la vie ! De l’Existence ! Sans jamais faire le moindre effort ! Ah ! En voulant te faciliter les choses je t’ai mené à la Ruine ! Ah ! Mon Dieu je t’ai détruit ! J’ai crée un monstre d’Avidité ! Un misérable ! Ah ! C’est ma faute ! J’ai fait le mal ! Pardonne moi Maurice ! Je t’en supplie pardonne moi de t’avoir détruit ! Pardonne moi, car c’est de ma faute si tu n’as pas réussis ton droit ! Je n’aurais jamais dû t’apprendre à compter sur moi ! C’est de ma faute si tu exerces le métier de…de…gendarme ! Alors que moi ! Regarde moi ! Je suis médecin ! Je suis riche ! Je suis marié ! Je suis heureux ! Ah ! Qu’ai-je fais de toi ? »
J’ouvris la bouche, m’apprêtais prononcer quelques mots pour le calmer, mais il m’interrompit d’un signe de la main, Firmin se redressa, montrant une face rouge de larmes, son binocle de travers, sa moustache hérissée, son visage, sombre, se convulsait, il continua après un temps de silence :
-« Je sais ce qu’il me reste à faire… je vais te soutenir, une dernière fois, mais ce sera l’ultime aide que je t’accorderais… mais après, je t’aurais tout donné, et je ne pourrais plus rien pour toi… et si tu n’est pas heureux…Ciel ! Je ne préfère pas l’envisager. Pars ! Pars ! Demain tu seras heureux ! »
Je sortis du cabinet laissant mon frère seul, secoué de sanglots. Sur le moment je n’avais pas compris ce qu’il comptait faire…Si seulement Je l’avais sut avant qu’il agisse, peut-être aurai-je été plus heureux.

Le lendemain, j’appris par un officier de police que mon frère était décédé, renversé par un fiacre. Ah ! Voila donc la solution qu’il avait trouvé pour me rendre heureux ! Il s’est sacrifié pour mon bonheur ! Les funérailles passées, le deuil achevé, deux années s’était écoulées, lorsque je jugeai opportun de demander la main de Constance en mariage, qu’elle m’accorda. Nous nous mariâmes, et eûmes des enfants. La promesse de bonheur de mon frère était, jusqu’à présent, tenue…Hélas ! Le bonheur n’est jamais éternel…Ma femme en nettoyant le cabinet de mon frère, y découvrit, caché entre deux tiroirs, une lettre de Firmin, lui étant adressé. L’épître expliquait qu’il s’était sacrifié pour mon bonheur, et les raisons pour lesquelles il s’était jeté sous les roues d’un fiacre.

Lorsque je rentrais chez-moi après une journée de travail, je trouvais Constance en larmes :
-« Monstre ! Monstre ! Répétait-elle, monstre ! Monstre ! Tu as tué mon mari ! Tu as tué mon mari !
- Mais tu ne comprends ! M’écriais-je.
- Oh ! Si je comprends bien, c’est à cause de toi que mon mari est mort ! C’est toi qui l’as tué ! Ce pauvre Firmin ! J’en ai assez de te voir ! J’irais loin ! Je ne veux jamais plus voir ton ignoble visage avide ! Misérable monstre ! »
Je bouillonnais intérieurement, j’allais exploser :
-« Je…je…je…Je ne suis pas un monstre, balbutiai-je, C’est…c’est…faux… je ne l’ai pas tué…c’est lui qui s’est jeté sous les roues… Ce n’est pas ma faute…
- Non, c’est faux ! Cria-t-elle, c’est toi ! C’est toi qui l’as tué ! tu le sais ! Inutile de t’aveugler !
- Tu vas te taire ! hurlai-je, Tais toi ! Tais toi !
Elle ne voulait pas se taire ! ELLE NE VOULAIT PAS SE TAIRE ! Je m’empare d’un oreiller, et, écumant de rage, je me rue sur elle, appliquant l’oreiller sur sa bouche et son nez…elle se débat, je maintiens le coussin sur son visage… deux minutes s’écoulent, elle ne respire plus. La police, alerté par les voisins, ne tarda à arriver pour m’emmener.

Mon récit s’arrête là, pour l’heure, je dois vous quitter, j’entends dans le couloir des bruits de pas, rythmés par des percussions de clefs, se choquant les unes contre les autres. C’est le geôlier et le bourreau! Ils approchent ! Ils vont m’emmener! mais où ?














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Vincent d'Orcanie
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PostPosted: 28/01/2016, 17:59    Post subject: [Littérature]Nouvelles Populaires. Reply with quote

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Rêverie par Félicité de Langis.


Un jour, je me suis allongée sur l'herbe haute et me suis assoupie aux chants des oiseaux. La journée était propice à cette pause matinale. Je suis rêveuse vous l'ais-je dis ? Quoiqu'il en soit, ce matin là, j'ai rêvée comme on rêve rarement. Il y a des images qui se fixent malgré nous parfois.... et des odeurs risquent de nous ramener en de lointains souvenirs. Alors, je vous dirais que mon rêve était si réel que j'en ai les arômes au bout du nez.... je n'ai qu'à le retrousser pour en apprécier, une fois de plus, toutes leurs notes. Ce rêve m'habite et m'habiteras très lontemps. Parfois, je me demande si je n'aurais pas inventée toute cette histoire tellement elle résonne en moi.
Ce qui est le plus mémorable est le début... moi, si petite, étais devenue plutôt grande, ce qui est déjà en soi un exploit, mais vraiment, vraiment, plus grande! J'aurais voulue comprendre où cette rêverie m'entrainais mais ne voulant pas qu'elle s'évanouisse, je m'y suis abandonnée. Vous venez ?
"Voilà qu'en mon ventre grandît un tout petit germe, agité et furtif comme le serait.... une idée attrapée au vol ! Je sais que je rêve et pourtant tout est réel. J'hume l'odeur du lilas, et ressens la fraîcheur des brins d'herbes entre mes doigts de pieds nus. Je sens le vent jouer dans ma chevelure qui s'étale en un immense champs de blé et mes pieds, mes jambes et mes cuisses qui se transforment en autant de terres chaudes et fertiles, autant je vous dirais qu'il est permis d'en rêver ! Tadam, tadam, tadam, je sens mon coeur s'emballer !
En mon flanc; là où le dôme de verdure laisse pénétrer les rayons du soleil; apparait un sous-bois luxuriant, des clématites en fleur, des vignes qui s'entrecroisent aux plus hautes branches d'un majestueux chêne. Mon coeur bat à tout rompre tadam, tadam, tadam mais je ne veux pas l'entendre.... je sais, je rêve, il faut taire mes peurs ! Tadam, tadam et j'entends des murmures que je ne devrais pas entendre, je vois des secrets comme on lis un roman... que se passe-t-il donc ? Seul mon coeur peut répondre à une telle question !
Alors mon regard se pose sur ce coeur palpitant et j'y vois mille et un personnages, s'agiter, courir, travailler, pleurer, rire, crier, haïr mais surtout aimer, être ! Tadam, tadam, tadam, ces vies apportent leurs rythmes et s'unissent en une cadence... piano, piano, tadam, tadam, tadam. Malgré mes peurs, je veux rêver encore quelques instants ! Piano, piano !
Mes doigts deviennent autant de sentiers qui se divisent, se multiplient et courent à travers les vallées et les monts et sous mes yeux, telle une reine revêtant sa plus belle robe, l'ocre de l'automne habille la prairie. Tout mon être alimente ce rêve.... je le sais, je le rêve ! Puis, tout se bouscule.... tout va très vite. Un amalgame de sentiments, de ouïes-dire et de non-dits, des amitiés qui se créent, des enfants qui naissent, des gens qui meurent trop tôt, d'autres trop tard et des paysages deviennent des oeuvres dignes de Rabelais ou de Renoir, des intrigues à n'en plus finir et des amoureux qui se laissent, et se retrouvent et toutes ces histoires s'entrechoquent et s'envolent dans un tourbillon de feuilles mortes. Je suis complètement subjuguée... je reprends mon souffle un instant.
Je regarde le paysage et les gens, j'entends des sourires, je vois des soupirs. Certains construisent leurs histoires, je le sais, je ressens l'encre qui glisse sur ma peau blanche comme.... comme cette neige qui tombe en gros flocons sur les toîts des maisons ! Mon coeur bat la cadence tadam, tadam, tadam.... et s'apaise doucement à la vue de ce manteau blanc. Je vois mes pensées s'écrirent dans un ciel étoilé et mon coeur retrouve sa propre cadence.... tadam, tadam. Je n'ai plus peur ! Je ferme mes yeux pour mieux ressentir ces moments magiques et la moiteur de mon lit de fortune se faisant plus présente vient déranger mes pensées et ma rêverie.."
C'est une goutte de pluie qui m'a réveillée...... je me suis levée, ai gardée la goutte sur ma joue et la ville en mon coeur !

Félicité DeLangis dite damoiselle
09 octobre 1816


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Vincent d'Orcanie
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"Juin 1815" par Nicolas Marciac.

C'est l'heure fragile d'avant l'aube, celle des derniers calmes et des nouvelles brumes, quand le matin n'est qu'une promesse blafarde à la lisère de la nuit. Aux confins de Vaugirard et de Montrouge, à l'entour d'un manoir solitaire, un voile de rosée, rappelant la tristesse d'une veuve en pleur, recouvre déjà la campagne. Et cependant que de longs nuages déchirés paressent dans un ciel piqueté d'étoiles pâlissantes, un grand silence règne. Depuis l'orée d'un bois, un élégant gentilhomme observe le manoir et les quelques lueurs qui le hantent. Ombre parmi les ombres sous les ramures, il se tient bien droit, les jambes légèrement écartées, un pouce passé dans la boucle du ceinturon et une main en conque sur le pommeau de son épée. Grand, bel homme, jeune encore, il se nomme Nicolas Marciac.

Aujourd'hui, selon toute vraisemblance, il aura tué un homme ou un homme l'aura tué.

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La visite par Orsine Malet

Ce n’était pas la pleine lune, de cela il en était certain. Il se souvenait avoir mangé une soupe de carottes, agrémentée de quelques morceaux de viande et d’un morceau de pain, un repas qu’il considérait comme luxueux au regard de ce qu’il mangeait d’habitude. C’était un jour de fin de semaine, il avait fait beau mais frais la journée. En somme rien ne distinguait ce jour des autres, et pourtant…


Ce soir-là, après avoir terminé son repas, il avait passé sa robe de chambre et de confortables chaussettes en laine et s’était assis dans son fauteuil préféré, près du poêle rougissant. Il était resté immobile un instant, sentant ses membres engourdis et ses articulations rouillées se réchauffer lentement. Puis il avait pris ses binocles dans une main et une chandelle dans l’autre et commencé à déchiffrer le journal. Lettre après lettre, il se concentrait sur la forme, le tracé jusqu’à ce que les mots forment une phrase. C’était l’un de ses derniers plaisirs. Chaque phrase trouvée était comme une victoire repoussant l’inévitable. Bientôt les ténèbres envahiraient totalement ses yeux et il n’aurait plus que sa mémoire pour les remplir.


Au cours de ses promenades, dans le parc ou près du fleuve, il avait appris à se diriger à l’aide de son ouïe, écoutant le bruit d’une fontaine ou du gravier sur lequel des enfants jouaient. Il ne distinguait plus les formes et les couleurs, tout se résumait à des taches plus ou moins claires. Mais parfois, il cueillait une fleur et, s’il l’observait suffisamment longtemps, qu’il la humait, il avait l’impression de voir sa couleur, de distinguer le découpé d’un pétale ou la pointe d’une étamine et un grand sourire venait alors illuminer son visage. Il pouvait également rester de longues minutes à contempler les reflets du soleil sur l’eau, ceux-ci semblaient comme de petites étoiles qui flottaient dans l’air et renvoyant une douce chaleur à son visage.


Une crampe l’obligea à interrompre sa lente lecture un instant. Il posa ses binocles et marcha un peu pour faire passer la douleur.


Son corps l’avait trahi bien avant ses yeux, plus lentement encore à tel point qu’un matin il s’était rendu compte n’avoir pas levé le bras au-dessus de son épaule depuis si longtemps, qu’il ne pouvait plus le faire. Petit à petit, d’autres mouvements oubliés s’étaient ajoutés à la liste, et désormais il se contentait des mouvements de base, et encore, ceux qui ne le faisaient pas trop souffrir.


La crampe était passée et il décida de s’allonger un peu. Son lit était dans la même pièce que le reste, car il vivait modestement. De plus, cela lui évitait de devoir chauffer plusieurs pièces au prix où on achetait le charbon en ce moment. Toute sa vie, il n’avait jamais dépensé un écu qui ne soit nécessaire et s’en faisait une fierté. Feue son épouse s’était plusieurs fois opposée à lui là-dessus, notamment à l’époque où leurs filles avaient été en âge de se marier, lui reprochant leurs tenues peu élégantes et le fait qu’elles avaient tardé à se marier car il ne faisait pas tout ce qui était nécessaire pour en faire des jeunes femmes attractives et séduisantes. Il lui avait répliqué : C’est par leur personnalité que mes filles devront se faire remarquer. Froufrous et fanfreluches ne leur amèneront que des bons à rien. C’est ainsi qu’il voyait les choses.


Mais désormais ce genre d’affrontements étaient loin derrière lui, son épouse étant décédée et ses filles mariées à des citadins et ne venant le voir que rarement. Les seules visites qu’il recevait étaient celles de ses anciens clients ou de leurs familles. Car il avait exercé la profession d’avocat pendant plus de quarante ans, défendant nombres d’hommes et de femmes dans la douleur ou le chagrin et ceux-ci n’oubliaient pas ce qu’il avait fait pour eux. Pour lui certains de ses clients avaient été sa vraie famille, bien souvent au détriment de celle qu’il avait eue aux yeux de la loi et de Dieu. Son métier le passionnait : construire son argumentation, trouver le point de vue qui allait ébranler les juges et surtout, surtout… faire régner la justice.


Un frottement vint interrompre ses souvenirs, comme le bruit d’un balai sur des feuilles mortes… tout près de lui. Il prit le chandelier près de son lit dans une main et balaya le sol, pensant avoir affaire à un rongeur. Mais sa vue était si mauvaise qu’il ne réussit qu’à distinguer quelques ombres. A tâtons il chercha sur sa table de chevet le journal, se disant qu’il était peut-être tombé, mais celui-ci était toujours déposé au même endroit.


L’homme se coucha à nouveau, de plus en plus persuadé d’avoir été victime de son imagination. Mais à peine quelques secondes s’étaient écoulées lorsqu’il entendit un grincement, comme une porte mal huilée, dans la pièce où il se tenait. Il se redressa et d’une voix mal assurée demanda :


Il y a quelqu’un ?


Il n’eut pour réponse que le silence de la pièce et le ronflement des braises dans le poele encore chaud. Il allait s’allonger à nouveau lorsqu’un Poc! bien distinct lui dressa les rares cheveux qu’il avait encore et les poils des bras.


Je… je vous entends mais je suis malvoyant. Prenez ce que vous voudrez, mais je ne possède pratiquement rien de valeur.


Une fois encore… le silence. L’homme commençait à se demander si son imagination ne jouait pas avec ses nerfs ou si son ouïe était elle aussi en train de s’émousser lorsqu’une voix presque enfantine s’éleva dans la pièce.


Je ne suis pas un voleur, Monsieur.


L’homme attrapa fiévreusement ses binocles sur sa table de chevet et les mit sur son nez. Plissant les yeux il tenta de distinguer quelque chose dans la pièce devant lui mais ne vit rien qui ressemblât à une ombre ou une silhouette quelconque.


Où êtes-vous ? Je n’arrive pas à vous voir.


Je me tiens juste à côté de vous, Monsieur. La voix venait distinctement des abords proches du lit. L’homme retira les draps et laissa pendre ses jambes sur le côté, continuant à scruter l’espace désespérément vide devant lui.


Pourquoi… pourquoi ne vois-je pas votre silhouette ? Je ne me savais pas déjà si atteint par la cécité.


Vous ne me voyez pas car il n’y a personne qui le puisse.


Mais… votre voix est bien réelle elle. Elle est plutôt jeune et semble pleine de vie.


Un petit rire retentit dans la pièce.


Ma voix est réelle, ma présence tout autant. Toutefois pour une raison que j’ignore, personne ne semblait s’en apercevoir avant vous.


Que… que voulez-vous dire ?, dit l’homme, de plus en plus décontenancé par la présence de cet étranger en pleine nuit, chez lui.


J’ai « visité » plusieurs maisons avant de venir chez vous et personne n’a jamais réagi à ce que je faisais ou disais. Comme si ma présence n’était pas « réelle » pour leurs occupants. J’en ai assez rapidement conclu que personne ne pouvait me voir ni m’entendre. Mais vous êtes le premier à réagir autrement. La voix semblait insister sur certains mots avec une certaine prudence.


Vous voulez dire que vous êtes… un fantôme ? dit l’homme avec stupeur.


Je ne sais ce que je suis. Je sais juste que mon apparence ne change pas depuis de nombreuses années, que je ne ressens plus ni le sommeil, ni la faim, ni la douleur.


Mais depuis quand ? Que faisiez-vous avant ?


Je ne sais pas, je suppose que j’étais comme vous, un être fait de chair et d’os. Mais c’est comme un souvenir lointain, un rêve qui s’effiloche au matin et dont je ne garde que quelques sensations diffuses.


L’homme descendit de son lit et se dirigea vers le poêle dont les braises rougeoyantes étaient la seule source de lumière avec les chandelles posées sur sa table de chevet. Il prit un tisonnier et brassa machinalement celles-ci, tout en réfléchissant au comportement à adopter.


Vous savez, je suis aussi surpris que vous que vous ayez senti ma présence. Et je ne sais pas quelle en est la raison. dit la voix.


L’homme fixait du regard les braises qui lentement s’éteignaient, tout en tournant le dos à son interlocuteur fantomatique.


Je pense savoir pourquoi. dit-il lentement, avec un profond calme. J’ai eu une vie bien remplie et je pense que votre apparition est le signe qu’elle arrive à sa fin. Je ne vois que cette raison pour expliquer votre présence. Bien que je ne sache pas encore pourquoi il s’agisse de vous particulièrement. Que vous rappelez-vous de votre vie d’avant ? Un détail, même minime pourrait peut-être m’aider à comprendre.


Je me souviens de ma mère, de son odeur et de sa tendresse. Je me souviens de la sensation de la pluie sur mes cheveux et sur mes habits. D’un cheval aussi…


Un cheval ? Quand j’étais jeune, j’ai eu un accident de cheval. Depuis j’en ai toujours eu peur… Votre mère, parlez m’en encore un peu… de quoi vous souvenez-vous encore ?


Je me souviens comme elle me bordait dans mon lit et qu’elle m’appelait « mon schatzli » avec un air d’une infinie tendresse.


A ces mots, le sang de l’homme ne fit qu’un tour.


Votre mère était allemande ? Ma mère aussi ! Elle jouait du piano comme je n’ai plus jamais entendu en jouer depuis.


Je me souviens aussi d’un jour où je revenais des bois, les cheveux mouillés par la pluie et que je l’ai trouvée en train de pleurer sous le porche de la maison… quand je lui ai parlé elle n’a pas semblé me voir. Elle ne faisait que répéter mon nom, mais comme si je n’étais pas là.


Samuel ! cria l’homme. C’est toi ?


L’homme se retourna alors et vit se tenir devant lui un jeune homme âgé d’une quinzaine d’années, aussi distinctement qu’en plein jour, et dont le visage ressemblait, trait pour trait à celui de son frère décédé alors qu’il n’était qu’un enfant.


Oui, c’est bien toi !


Le jeune homme regarda le vieil homme et lui sourit, lui prit lentement la main et lui dit :


Viens, allons-y…

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C’est la vengeance qui… par Lyse.

Un petit matin brumeux. Des rues en voiles grisés et une ville faite de volutes. Un de ces petits matins brumeux qui transformaient tout en irréalité. Qui enveloppaient les demeures. Qui laissaient entrer les fantômes. C’est par un de ces petits matins brumeux qu’elle revint en ville. Qui était-elle ? Une fille banale à l’allure si sage cachait toujours quelques choses. Et celle-ci en cachait beaucoup. Une robe simple et unie sous une capeline sombre. Une coiffure plutôt sommaire. Elle ne venait pas de la ville. Non, en effet, elle y revenait. Elle : la maudite. Maudite depuis sa naissance. Elle n’apportait que le mal. Que faisait-elle là ? Dans cette ville qui l’avait rejetée.
Elle surgit ce petit matin-là accompagnée de brume. Comme un présage. Mauvais présage ? Ses souliers usés frappaient le sol avec délicatesse. Comme le tic-tac d’une horloge. Tic-tac ; tic-tac. Elle s’aventurait à petits pas dans les rues. Le regard fixé sur la pointe de ses pieds.
Savait-elle où elle allait ? On ne savait pas d’où elle venait. Elle coulait parmi les rues. Comme le brouillard. Elle s’engagea dans une venelle. Ses yeux se levèrent. Trop sombre. On y voyait rien. Mais elle y voyait clairement apparemment. Ses pas continuèrent encore. Comme elle était venue, elle disparut dans la venelle. Seuls ses pas restèrent. Tic-tac ; tic-tac.


*
C’était impossible ! La vieille, si tassée, se redressa. Toutes ses vertèbres dressées soudain. Les plis du temps se défroissèrent. Ses yeux pâles, attendant la mort, s’éclairèrent. Illuminèrent la pièce miteuse. Les mains tremblantes montèrent à ses lèvres. Elle murmura encore.
- C’est impossible !
Elle baissa les yeux. Les releva. Sourit.
- Si Grand-mère, c’est moi.
Elle fit le tour de la petite pièce. Vraiment sobre et sombre. Insalubre, voilà comment cela s’appelle. Une table, deux chaises miteuses et des couleurs grises. Dans un coin, on voyait un vieux lit. Au milieu de tout ça, la vieille commençait à se remettre. La vieille tomba sur l’une des chaises.
Elle s’avança enfin. Et la vieille parla.
- Pourquoi ? Comment es-tu revenue ?
- J’ai fini mes années. Je reviens pour trouver du travail.
- Seule ? Mais….
- Grand-mère. Je suis majeure. Depuis peu mais majeure.
- Oui, mais ici, après tout ce que les gens disent sur toi. Après tout ce qu’ils t’ont fait.
- Grand-mère…
Elle s’agenouilla et joint les mains de la vieille entre les siennes.
- Grand-mère, c’est mon problème. J’oubliais, il m’a dit de vous donner ça. Pour le voyage.
- Tu ne vas pas rester ici, seule surtout.
- Je peux vous proposer quelque chose, grand-mère : vous restez avec moi jusqu’à ce que je trouve un travail. Ensuite vous pourrez partir le rejoindre.
- Ma petite, ma toute petite, tu ne….
- Non grand-mère, arrêtez. Dites-moi seulement si vous êtes d’accord.
- Disons que oui ma fille.
L’accord était signé. Accordé. La vieille posa la tête de sa petite-fille sur ses genoux. Elle ferma les yeux. Contre les jupes de sa Grand-mère. Réunies comme avant. Réunies par la malédiction avant. Réunies par le présent maintenant. L’une croyait en l’avenir et l’autre croyait en son sang.
Elle se releva finalement. Elle s’avança vers le lit. Miteux. Vieux. Grinçant. Elle s’y coucha et s’y endormit. Profondément et rassérénée. Elle sombra pour longtemps. Ensuite, elle commença ses recherches.


*
La vieille revenait du marché. A petits pas serrés. Sur les pavés délavés. Mais ses yeux étaient rieurs. Ils lançaient leur lumière au monde. Le monde qui les maudissait. Mais là, la vieille souriait. Elle passa dans la venelle. Si étroite et courbée. Comme elle.
La vieille entra dans sa demeure. Eclaircie par sa petite-fille. Elle n’était pas là d’ailleurs. Sortie. Sortie dans la ville. Disparaissant au gré des rues. Cette petite était décidément étrange. Elle revint pourtant.
- Où étais-tu ?
La vieille la regarda. Fixa. Jaugea. Que pouvait-t-elle répondre ? Je travaillais pour mon avenir ?
- Ce n’est pas important.
- Ça peut le devenir.
- Chez Marail.
Les yeux de la vieille s’agrandirent. Presque horrifiés.
- Le comte De Marail ?
Elle hocha la tête.
- Mais…
- Il ne fera plus de mal. Soyez sans crainte.
- Mais….
- Non, Grand-mère, ne dites rien. Je ne veux pas savoir ce qu’en dira le pays. Le pays parle trop.
Elle tourna les talons. Rapidement. Tic-tac ; tic-tac. Sur les pavés, sans un regard pour les autres. Elle continua sa traque. La vengeance lui parlait. Lui chuchotait à l’oreille. La Maudite les maudissait.


*
Quatre coups. Toc, toc, toc, toc. Légers. Presque timides. Elle aurait du frapper plus fort. Mais elle n’était pas comme ça. La force. Ce n’était pas ce qu’elle aimait. S’imposer non plus. La porte s’ouvrit.
- Mademoiselle ?
Un sourire. On ne la connaissait plus. Pas plus qu’on ne la reconnaissait.
- Je viens pour le poste de gouvernante.
- Entrez.
Elle passa la porte doucement. Imperceptiblement.
- Monsieur le marquis ne va pas tarder.
Elle acquiesça. Sans dire un mot. Elle resta là. Sans oser bouger. Un parfum capiteux. Le marquis descendit. Chemise ouverte. Cheveux décoiffés légèrement. Il sifflotait. Elle le fixait. Le détaillait. N’avait jamais fait cela avant. Il la fixa, surpris, soudainement figé.
- Que faîtes-vous ici ?
- Nous devrions parler. Dans votre bureau.
- Suivez-moi.
Il passa devant elle. Elle baissa les yeux. Et le suivit jusqu’à son bureau. Il s’assit dans son fauteuil. Elle resta debout. Ils se regardaient. Sans dire un mot. Finalement, le marquis prit la parole.
- Vous êtes venue malgré….
Elle secoua la tête.
- Non je suis venue parce que….
Il sourit. Ajouta :
- Je me disais bien que vous m’étiez familière. Votre mère a travaillé pour moi.
Elle acquiesça. Il continua.
- Vous voulez quelque chose ?
Nouvel acquiescement.
- Je veux vous tuer.
Elle avait une voix basse. Comme un souffle. Elle ajouta.
- D’ailleurs vous êtes déjà mort.
- Impossible.
- Pourtant vous avez déjeuné. Tout était là. Je vous ai empoisonné. Vous et vos semblables. Vous m’aviez jeté l’opprobre. M’accusant du meurtre de ma mère. Morte en me mettant au monde. A cause de vous et de vos semblables, je suis devenue la Maudite. Mais je passe à mon tour. Je cueille les âmes.
Son visage était un masque. Mais ses yeux étaient horrifiés. Elle quitta la demeure. Il poussa un râle. La vengeance avait fait son œuvre.


*
Un soir lumineux. Des rues toujours désertes mais faites de volutes. Des volutes chaudes et orangées comme les soirs d’été. Impression d’irréalité. Parant d’or les demeures. Eloignant les esprits. C’est par un de ses soirs-là qu’elle partit avec sa grand-mère.
Qui était-elle ? Rien de plus que cette fille sage à l’allure banale accompagnée d’une vieille. Robes et coiffures sommaires pour les deux. Elles partaient. Elles ne reviendraient pas. Elle : la Maudite. Maudite depuis sa naissance. Avait accompli sa mission. Elle avait apporté le mal. Elle avait rejeté à jamais cette ville.
Elle s’éloigna ce soir-là parée d’or crépusculaire. Comme un fantôme. Fantôme sur le départ. Le son familier de ses pas résonnent avec délicatesse. Comme le tic-tac d’une horloge. Tic-tac ; tic-tac. Elle s’éloignait à petits pas des rues de la ville. Son regard fixé sur l’horizon.
Où allait-elle à présent ? Nul ne le savait vraiment. Elle irradiait sur le pavé des rues. Comme après la pluie. Les yeux se levèrent encore. Trop lumineux. On y voyait rien. Mais elle y voyait clairement désormais. Ses pas continuèrent encore. Comme elle était venue, elle disparut dans le soleil. Seuls ses pas restèrent en ville et en mémoire. Tic-tac ; tic-tac. C’est la vengeance qui part
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